DEMOCRATIE

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dimanche 17 mai 2009

Nicolas Sarkozy : un second souffle ?


TRIBUNE - L'écrivain Jean d'Ormesson, de l'Académie française, dresse un bilan des deux ans de la présidence de Nicolas Sarkozy et brosse un tableau de la situation politique française.

Le 6 mai 2007, Nicolas Sarkozy était élu président de la République avec une large avance sur Ségolène Royal. Il célébrait le travail, la réussite, le retour de la France au premier plan des nations. Il enflammait les foules. Il rendait confiance aux Français découragés. Tout semblait lui sourire. Les acclamations montaient vers lui. Deux ans plus tard, il est passé des sommets de la popularité aux abîmes de l'impopularité : d'un peu moins de 60 % à un peu plus de 30 %. Une chute de moitié ou presque. Une baisse en tout cas de l'ordre de vingt-cinq points. Que s'est-il passé ?

• Une descente aux enfers

Allons vite. Deux choses surtout : d'abord, il n'était pas rond, il ne fumait pas la pipe, il n'était pas radical-socialiste, il n'était pas sensible à la beauté de La Princesse de Clèves, il aimait trop ce qui brille, il s'était rendu successivement au Fouquet's et sur un yacht de luxe au lieu de faire retraite dans un couvent, il était nerveux, super-actif, impulsif, et on le traitait de bling-bling ; et puis, par vagues successives, est arrivée d'Amérique la crise la plus sévère depuis le jeudi noir de 1929. Dès la fin de 2007, la popularité du président fléchit pour des raisons surtout privées et qui lui sont imputables ; dès la rentrée de 2008, le système bancaire se déglingue un peu partout, l'économie mondiale vacille, et il n'y est pour rien. Sarkozy était victime du Fouquet's et de Madoff. Il payait cher ses propres erreurs et les méfaits des autres.

César le savait déjà, il y a un peu plus de deux mille ans : les Français sont difficiles à gouverner. Et ils sont changeants. Regardez les chiffres : un ou deux ans après leur élection, les trois derniers présidents de la République, Giscard, Mitterrand, Chirac, ont connu aussi une baisse importante de leur popularité. Et la crise économique emporte tout sur son passage. Il n'est pas légitime de tirer argument de ce qui n'a pas eu lieu. Il est pourtant permis de se demander - et à gauche et à droite - où le pays en serait aujourd'hui si Ségolène Royal avait été élue, il y a deux ans, à la place de Nicolas Sarkozy.

Tout va mal partout. Tout le monde souffre et se plaint partout. En Angleterre, le travailliste Gordon Brown est dans une situation bien pire que Sarkozy. Le chômage frappe l'Espagne du socialiste Zapatero plus durement que la France de Sarkozy. N'empêche. Les choses vont moins bien en France pour Sarkozy qu'en Amérique pour Obama, acclamé de toutes parts ; où qu'en Italie pour Berlusconi, encore étonnamment populaire. Un étranger, peu au courant des affaires françaises, qui arriverait à Paris comme les Persans de Montesquieu pour tomber sur les grèves et les manifestations, qui écouterait la radio, qui regarderait la télévision, qui jetterait un coup d'œil sur les hebdomadaires, considérerait à coup sûr la chute de Sarkozy comme inéluctable. Il pourrait même se demander si elle n'est pas imminente.

• Les atouts du président

Deux ans après son élection, la force de Sarkozy réside peut-être seulement dans la faiblesse de ses adversaires. Longtemps, la France a été le pays d'une dispersion politique qui allait jusqu'à l'atomisation. Il y avait dans ce pays autant de partis politiques que de fromages. À force de vivre dans ce système, son remplacement par une bipolarisation à l'anglaise ou à l'américaine est passé presque inaperçu. Le Parti communiste, naguère si puissant, qui a même été, un temps, le premier parti de France, n'existe plus. Le Parti radical, longtemps cœur de la nation, s'est pour ainsi dire infusé dans les autres partis : Giscard était radical par opposition au gaullisme, Chirac était radical par fidélité au gaullisme, et, en fin de compte, le socialiste Mitterrand était radical lui aussi. La droite, traditionnellement divisée, a été rassemblée et unifiée par Sarkozy - c'est même ce que la gauche et une frange de la droite lui reprochent le plus vivement. Il n'y a plus que deux forces en France comme dans la plupart des démocraties : l'UMP et le Parti socialiste. Et le Parti socialiste est en mauvais état. Ce ne sont pas ses adversaires qui dénoncent la décadence du Parti socialiste. Ce sont ses propres partisans et, plus étrangement encore, ses propres dirigeants qui n'en finissent pas de s'en désoler bruyamment. Les choses en sont parvenues à un tel point que, par un paradoxe merveilleusement français, la dégringolade du Parti socialiste, loin de réjouir le parti du président, commence à l'inquiéter sérieusement.

• Une double impopularité

Deux ans après l'élection de Sarkozy, la situation est assez simple. Pour impopulaire qu'il soit - aux yeux au moins des médias qui n'en finissent pas de résonner de cette impopularité -, Nicolas Sarkozy n'a plus d'adversaire. Il n'en a pas, bien sûr, à droite, malgré Dominique de Villepin qui croit, plus que Besancenot, plus que les communistes et plus que Martine Aubry, à une révolution imminente. Mais, bizarrement, il n'en a plus à gauche. Les choses, naturellement, peuvent changer du tout au tout en trois ans. Mais, aujourd'hui, ni Ségolène Royal, ni Martine Aubry, ni Dominique Strauss-Kahn, ni, bien sûr, Laurent Fabius, ni personne ne représente un danger réel pour Nicolas Sarkozy. Si l'élection se déroulait demain, le président, au comble de l'impopularité, aurait pourtant de bonnes chances d'être réélu. Oui, Nicolas Sarkozy a cessé d'être populaire. Il est peut-être franchement impopulaire. Mais ses adversaires le sont encore plus que lui.

• Le seul à droite

C'est là que le destin risque de tourner sur ses gonds. La faiblesse du Parti socialiste, loin d'être une chance pour le président, est plutôt un drame pour lui comme pour tout le monde - ou pour presque tout le monde. Le danger pour Sarkozy est que l'effondrement du Parti socialiste permette à François Bayrou, qui avait été troisième il y a deux ans, d'être deuxième dans trois ans.

Quelle est la ligne politique de Bayrou ? Le moins qu'on puisse dire est qu'elle est floue. Est-il à droite ? Est-il à gauche ? Qui le sait ? Personne. Et peut-être pas lui-même. C'est sa force. Et sa faiblesse. Beaucoup de gens de droite pensent qu'il est passé à gauche. Mais beaucoup de gens de gauche sont persuadés qu'il est resté à droite. La vérité est qu'il essaie simplement de grappiller des voix et à droite et à gauche. Il est l'héritier de Lecanuet qui était l'adversaire du général de Gaulle ; il est l'héritier de Poher qui était l'adversaire de Pompidou. Et, héritier avec évidence des adversaires du gaullisme, il est l'allié de Villepin qui est l'héritier du gaullisme. L'ambiguïté règne avec une clarté éclatante sur la démarche de Bayrou qui n'a pas d'autre ambition et pas d'autre programme que de devenir président à la place du président. Il ne sort de cette ambiguïté que sur un seul point, qu'il partage avec Villepin, et qui est décisif chez presque tous ceux qui se disent ses partisans : la détestation presque physique de Sarkozy. Cette détestation est le ressort à peu près unique et fort bien formulé de son livre de combat : Abus de pouvoir où une absence d'idées et de propositions est dissimulée avec talent sous le ressentiment.

Le calcul de Bayrou est simple : s'il arrive deuxième à l'élection présidentielle dans trois ans, la gauche tout entière sera contrainte de voter pour lui contre Sarkozy. Arrivé second en 2002, Le Pen n'a pas réussi à l'emporter contre Chirac parce qu'il se situait à sa droite. Se situant à la gauche de Sarkozy, Bayrou espère l'emporter contre lui à l'élection de 2012. On voit le sort cruel des socialistes affaiblis par la montée de Besancenot comme la droite avait été affaiblie naguère par la montée de Le Pen : les voilà menacés d'être contraints à voter demain pour Bayrou comme ils avaient été contraints hier à voter pour Chirac.

Dans ce jeu d'enfer, Sarkozy, en mauvaise position apparente, joue pourtant sur du velours. Malgré Villepin et les siens qui le poursuivent de leur vindicte, il est le seul à droite - et, au lieu d'avoir à sa gauche et au centre un adversaire unique et puissant, il en a deux qui se détestent et se méfient l'un de l'autre, François Bayrou et le Parti socialiste.

• Trois ans pour convaincre

Beaucoup de périls nous menacent aujourd'hui : la grippe porcine, peut-être déjà en recul ; un chômage que Sarkozy avait fait baisser de façon spectaculaire et qui s'est remis à grimper comme partout, avec toutes les souffrances qu'il entraîne ; les réformes qui patinent parce que tous les Français les veulent pour les autres et que chaque Français les refuse pour lui-même ; la crise surtout qui frappe le monde entier et qui bouleverse l'économie. Sur tous ces points, qui échappent pour la plupart au contrôle de qui que ce soit, Nicolas Sarkozy fait ce qu'il peut, et plutôt moins mal que les autres. Comment ne pas comprendre, comment ne pas partager la colère de ceux qui manifestent par crainte de perdre leur travail et de voir baisser leur niveau de vie ? Et comment ne pas constater en même temps que les racines de tous les maux qui fondent sur nous sont à chercher dans cette crise mondiale dont les effets finiront bien par s'estomper.

Tout dépend désormais de Sarkozy, de ce qu'il va vouloir, de ce qu'il va faire. Son destin personnel. Et le sort du pays. Il lui faut un nouveau souffle. Après avoir réussi avec éclat à rassembler la droite, il reste trois ans à un président éminemment pragmatique, devenu par la force des choses un négociateur hors pair, pour convaincre ce pays dont de Gaulle pensait qu'il n'était ni de droite ni de gauche, mais qu'il était la France. C'est la grâce qu'on lui souhaite. Ses adversaires n'y croient pas. Ses partisans lui font confiance. L'avenir tranchera.

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