DEMOCRATIE

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Les 11 ET 18 JUIN 2017 .ELECTION LÉGISLATIVES de la TROISIÈME CIRCONSCRIPTION DE CHARENTE MARITIME . Saintes / Saint Jean d'Angely et la Saintonge .

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dimanche 23 novembre 2008

Le choc du passé et de l'avenir Nicolas Baverez.


« Dans une société qui se dissout et se recompose, écrivait Chateaubriand, la lutte des deux génies, le choc du passé et de l’avenir, le mélange des moeurs anciennes et des moeurs nouvelles forment une combinaison transitoire qui ne laisse pas un moment d’ennui. Les passions et les caractères en liberté se montrent avec une énergie qu’ils n’ont point dans la cité bien réglée. » Comme les guerres et les révolutions, les grandes crises jouent un rôle d’accélérateur de l’Histoire, de révélateur de l’état des nations comme de la stature de leurs dirigeants.

L’année 2008 vit l’effondrement des trois piliers sur lesquels reposait le système mondial depuis la chute du mur de Berlin et du soviétisme en 1989. Le premier était le capitalisme mondialisé dans sa forme dérégulée, qui a conquis une dimension universelle avant d’imploser. La crise financière s’est transformée en récession du monde développé et continuera à s’étendre en 2009. Le modèle de développement fondé sur la consommation à crédit est caduc. C’est bien la norme d’un capitalisme dérégulé qui se trouve ruinée, le coup de grâce lui ayant été porté par l’escroquerie abyssale de Bernard Madoff. Le deuxième pilier était constitué par la suprématie absolue des Etats-Unis, garants de la stabilité du monde et réassureurs de l’économie ouverte. La pulsion nationaliste, militariste et cupide du néoconservatisme s’achève par une retentissante faillite de l’Amérique. Le troisième pilier résidait dans le triomphe apparent de l’Occident, théorisé par Francis Fukuyama avec le mythe d’une fin de l’Histoire placée sous le signe de la démocratie de marché. Aujourd’hui, la démocratie est sur la défensive, menacée par le regain des empires, l’extension du terrorisme, l’affaissement des Etats, tandis que le marché, en coma dépassé, est placé en réanimation intensive par les Etats. Ainsi s’affirme le déclin de l’Occident, qui a perdu la maîtrise d’un monde désormais multipolaire.

Au milieu des décombres de l’ordre ancien émergent les premiers jalons d’une ère nouvelle. Le risque systémique pesant sur les banques et la menace d’une déflation mondiale ont entraîné une mobilisation et une coordination sans précédent des politiques économiques. L’élection de Barack Obama ouvre la voie à un New Deal du XXIe siècle et à une réinvention du rêve américain. La Chine, forte de l’acquis de ses Trente Glorieuses, réoriente son modèle de développement vers la demande intérieure et assume progressivement une part de responsabilité dans le pilotage de l’économie mondiale, qu’elle entend partager avec les Etats-Unis. L’Europe s’est réveillée, jouant, sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy, le premier rôle dans la crise provoquée par l’intervention russe en Géorgie puis dans le sauvetage des banques, ébauchant un futur gouvernement économique de l’Union et confortant son leadership dans la lutte contre le réchauffement climatique.
Les accélérations de l’Histoire sont un filtre impitoyable qui fait la lumière et la vérité sur la gestion des entreprises, la hiérarchie des nations, la capacité des dirigeants. 2008 a ainsi consacré le bilan calamiteux de George Bush, qui a brillé par le vide de son leadership en pleine tempête économique. 2008 a aussi montré la pusillanimité inattendue d’Angela Merkel, qui, sous-estimant la crise et surestimant la résistance de l’Allemagne, a paru dépassée par les événements et s’est isolée en Europe. A l’inverse, Barack Obama, dont l’élection est à elle seule une révolution, est l’homme de l’année. Le plus difficile reste devant lui, puisqu’il lui reviendra en 2009 de répondre aux espoirs qu’il suscite. Nicolas Sarkozy a su mettre à profit la présidence française de l’Europe et l’effacement des Etats-Unis pour se forger une stature d’homme d’Etat, s’imposer dans la gestion de crise, conduire le retour de la France et de l’Union sur la scène internationale. Pour lui aussi 2009 sera l’année de tous les dangers, placée sous le signe du retour vers la politique intérieure en période de récession. Gordon Brown compte également au rang des vainqueurs, qui a su reconstruire son leadership et se repositionner face aux conservateurs dans la perspective des élections de 2010, grâce à la conception du plan de sauvetage des banques qui fut adopté par l’Europe et les Etats-Unis, puis à une politique économique d’une extrême agressivité.

Le conseil de Churchill selon lequel « il faut prendre l’événement par la main avant qu’il ne vous saisisse à la gorge » ne perdra rien de sa valeur en 2009 : le coup d’oeil et la vitesse de réaction resteront déterminants. Le caractère structurel et la durée de la crise, qui impliquent le basculement d’une logique de guerre éclair à une logique de guerre de tranchées, appelleront des stratégies de long terme au-delà des mesures d’urgence. Aux côtés des exigences de l’action, il faudra mobiliser les armes de la raison. De manière défensive, pour contrer l’emballement des pressions xénophobes, nationalistes et protectionnistes. De manière offensive, pour imaginer les institutions et les règles de l’avenir et leur donner corps, permettant de stabiliser le monde du XXIe siècle

Publié le 01/01/2009 N°1894 Le Point

samedi 22 novembre 2008

Est ce la mort du parti socialiste !

Chère amie , cher ami,


Cette réaction est une réaction objective et non partisane car je suis un démocrate et j’ai toujours pensé que dans un pays libre comme le notre il fallait une ou des oppositions démocratiques pour assurer lorsque les
électeurs le désirent une alternance politique comme par exemple en 1986,1993 et 1997,
Depuis 25 ans nous avions droit a nos alternances régulières !
Ce qui vient de ce passer au P.S. ces derniers mois est mauvais pour notre pays car il y a un combat fratricide entre les courants , entres les chefs , les petits chefs , les militants …….

Ce parti ne propose plus rien de concret , ne possède pas de programme alternatif et est en état de totale décomposition .De plus non content de ne rien proposer il y a une totale fuite de ses parlementaires sur le vote de textes comme par exemple la modification de la constitution ou bien le vote pour la sauvegarde du système bancaire et donc de l’argent des petits épargnants.

Ce résultat de ce 22 novembre 2009 dans l’histoire du Parti Socialiste ( il rappelle un peu le score de Gaston Deferre aux présidentielles de 1969 qui avait laissé le parti dans la torpeur ) est une « catastrophe »pour le PS( du pain bénie pour l’U.M.P. ? )
Le Parti Socialiste va obligatoirement exploser dans quelques jours ou semaines si le résultat pour Martine Aubry est confirmé !

La démocratie est de savoir accepté sa défaite et bien sur la victoire de son adversaire , je pense que François HOLLANDE à parfaitement raison de vouloir faire valider ce scrutin où il y a eu déjà deux tours et ou personne dans le camp Royal n'avait émis le moindre doute sur les résultats ! La force d'un politique est de savoir perdre même de 42 voix . j'en connais qui ont perdu dans des cantonales de 1 voix et qui n'ont fait aucun recours c'est cela être sport .


Quant a madame Ségolène Royal si elle souhaite continuer à avoir un avenir politique national elle est obligé de prendre ses responsabilités , de faire tout péter et de jouer sur sa popularité pour fonder son propre mouvement au travers de désirs d'avenirs . Sinon pour l'anecdote nous aurons peut être de nouveau en France " LE PARTI ROYALISTE " et la reine mère son altesse SEGOLENE.......

A suivre !
Amitiés
Richard CANAC.


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jeudi 20 novembre 2008

Et maintenant, la déflation ?

Il y a à peine trois mois, l'inflation était le sujet d'inquiétude économique numéro un. Les prix du pétrole atteignaient des sommets, tout comme ceux des denrées alimentaires. Les banques centrales mettaient en avant les risques de propagation aux salaires, ce que les économistes appellent "les effets de second tour".
Avec la crise financière, toutes ces craintes inflationnistes se sont envolées, et c'est aujourd'hui la déflation qui menace : une phase généralisée et durable de recul des prix, comme le Japon en a connu au cours des années 1990 à la suite de l'éclatement de sa bulle immobilière et boursière. La déflation a pour effet d'aggraver la crise économique en accentuant le recul de l'activité.
Selon les statistiques publiées mardi 18 novembre, les prix à la production ont reculé de 2,8 % au mois d'octobre aux Etats-Unis, un record depuis que cette statistique a été créée, en 1947. Au Royaume-Uni, l'inflation s'est établie à 4,5 % sur un an, en octobre, contre 5,2 % un mois plus tôt, ce qui représente le ralentissement mensuel le plus important observé depuis seize ans.
Le plongeon historique des prix agricoles et énergétiques est à l'origine de la décrue spectaculaire de l'inflation. Le cours du baril, qui atteignait 145 dollars mi-juillet, flirte désormais avec la barre des 50 dollars. Avec la crise financière, les fonds spéculatifs, qui avaient investi massivement sur les marchés de matières premières, faisant s'envoler les prix, s'en sont retirés dans une atmosphère de panique. A ce reflux de la spéculation, s'ajoute le jeu naturel de l'offre et de la demande : la seconde se réduit en raison de la récession mondiale.
Face à la menace de déflation, les gouvernements commencent à prendre peur. "L'an dernier et au cours des derniers mois le problème était l'inflation, une inflation combinée à la crise du crédit, l'an prochain le problème sera la déflation", a averti jeudi le premier ministre britannique Gordon Brown. "Jusqu'à juin, nous avons dû lutter contre l'inflation et le gouvernement chinois a réussi à maîtriser ce problème, a déclaré il y a quelques jours le vice-gouverneur de la banque centrale, Yi Gang. Mais désormais, le gouvernement réfléchit à des mesures pour prévenir efficacement une déflation possible."
Pour le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz, "il est clair que la menace inflationniste d'il y a un an a disparu. Il est trop tôt pour dire que nous sommes passés à une situation de déflation. Mais cela pourrait arriver." Les économistes soulignent que l'économie mondiale n'est pas encore confrontée à proprement parler à une situation de déflation. Elle se trouve dans une phase de désinflation accélérée, c'est-à-dire de ralentissement rapide du taux d'inflation. Dans la zone euro, celui-ci est revenu de 4 % en juillet à 3,2 % en octobre, mais il reste positif, ce qui veut dire que, mesuré sur un an, le niveau général des prix continue à augmenter.
La crainte est toutefois que ce mouvement de désinflation, aux effets bénéfiques pour le pouvoir d'achat, ne dégénère, à cause de la contraction historique du crédit, en déflation, aux conséquences économiques très négatives. En situation de déflation aiguë, ce ne sont pas seulement les prix qui baissent mais aussi les investissements et la production. La consommation se replie également, les ménages préférant différer leurs achats dans l'attente des baisses de prix à venir. Les rémunérations sont pour leur part tirées vers le bas, en raison de l'augmentation du chômage qui met les salariés en position de faiblesse vis-à-vis de leur employeur.
CRI D'ALARME

La déflation est encore plus dommageable pour les agents économiques endettés, qu'il s'agisse des Etats ou des particuliers. Avec des prix en baisse, la charge de la dette - le montant des versements d'intérêts et des remboursements d'emprunts - augmente mécaniquement. De quoi faire peur lorsqu'on connaît les niveaux d'endettement privé et public aux Etats-Unis et dans plusieurs grands pays européens.
Le cri d'alarme lancé jeudi par M. Brown se comprend d'autant mieux qu'une fois la déflation installée, il est très difficile de s'en défaire, comme l'a prouvé le cas du Japon. D'où la nécessité, selon les économistes, d'agir très en amont. Le principal remède consiste en une baisse radicale de taux d'intérêt par les banques centrales, pour regonfler artificiellement la masse monétaire. Celle du Japon avait ramené ses taux à 0,5 % au milieu des années 1990. Ils étaient même devenus négatifs en Suisse à la fin des années 1970.
C'est vers ce scénario de taux zéro, d'argent gratuit, qu'on semble s'orienter aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. La Réserve fédérale américaine (Fed) vient de ramener son taux directeur à 1 % et un assouplissement monétaire supplémentaire est envisagé. La Banque d'Angleterre a pour sa part abaissé d'un point et demi son principal taux, un geste d'une ampleur jamais observée. Il a été porté à 3 %, le plus bas niveau depuis cinquante ans. Son gouverneur, Mervyn King, a laissé entrevoir la possibilité de nouvelles réductions. De nombreux experts craignent en revanche que, dans la zone euro, la Banque centrale européenne (BCE) rechigne, pour des raisons historiques et culturelles, à adopter une stratégie monétaire aussi extrême.
Pierre-Antoine Delhommais
Lexique
L'inflation. Selon l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), l'inflation est une perte du pouvoir d'achat de la monnaie qui se traduit par une hausse généralisée et durable du niveau des prix. Généralement, pour évaluer le taux d'inflation, on utilise l'indice des prix à la consommation.
La désinflation. Elle est caractéristique d'une période dans laquelle le taux d'inflation, bien que supérieur à zéro, est orienté à la baisse.
La déflation. Selon l'Insee, c'est un gain de pouvoir d'achat qui se traduit par une diminution générale et durable des prix. C'est une inflation négative.
La stagflation. Elle consiste en la concomitance de deux phénomènes : une croissance faible, voire négative, avec un niveau élevé d'inflation.

L'origine, c'est toute une histoire.........

Agé d'une soixantaine d'années, l'homme a grandi de l'autre côté de la Méditerranée. Depuis qu'il a posé le pied en "métropole", au début des années 1950, il a changé plusieurs fois d'identité, et par exemple de numéro de Sécurité sociale. Au temps de l'Algérie française, le code de son département de naissance était 99. Après l'indépendance, ce fut 93. Pourquoi 93, c'est-à-dire la Seine-Saint-Denis ?, demandait-il. "Tu viens d'Algérie, on va quand même pas faire comme si tu étais né à Neuilly !", ironisaient ses amis. Dimanche 16 novembre, alors qu'il assistait au 20e Forum Le Monde - Le Mans, consacré au thème "D'où venons-nous ? Retours sur l'origine", le même homme a de nouveau posé la question : pourquoi 93 ? A la tribune, on fut bien en peine de lui répondre... Mais on en tira cette leçon : l'origine n'est jamais un simple point de départ ; c'est toute une histoire, un scénario à rebondissements, un récit sans cesse à refonder.

"D'où venons-nous ? La question de ce Forum va se dérober continuellement", a d'emblée prévenu notre collaborateur Roger-Pol Droit, cofondateur du Forum, puisant dans la mythologie grecque ou la pensée indienne pour rappeler les deux grandes réponses qui structurent l'imaginaire humain en ces domaines - âge d'or ou barbarie, chaos ou harmonie. "La question est d'autant plus importante qu'elle est sans réponse possible", a confirmé le philosophe André Comte-Sponville. "L'origine, ce n'est pas de l'identique. C'est un faire commun, un devenir autre, un acte qui n'en finit pas de recommencer", a lancé son collègue Antonio Negri. "Le passé est moins à retrouver qu'à performer de nouveau, il fait l'objet d'une constante élaboration fictionnelle", a affirmé Isabelle Thomas-Fogiel, spécialiste de Fichte et de l'idéalisme allemand.
Au premier rang de ces fictions trône l'histoire de notre univers. Certes, "il faut bien que genèse se passe", a soufflé le physicien Etienne Klein, et les spécialistes de la cosmologie tentent de remonter au fameux "instant zéro" de notre cosmos. Mais dès qu'ils croient tenir le point de passage entre le rien et le non-rien, ils butent sur le problème d'un premier "déjà là".
Une fois constatées les limites de la science, donc, seuls demeurent les sortilèges du récit : d'une voix douce et devant un public enchanté, l'astrophysicien Jean-Pierre Luminet a fait miroiter poussières d'étoiles et oeufs cosmiques pour restituer les grandes étapes du Big Bang. Et lorsqu'on demanda à Gabriele Veneziano, inventeur de la théorie des "cordes" (qui construit un scénario d'avant le Big Bang), d'expliquer le succès mondial de sa théorie, il répondit simplement : "Si on l'a prise au sérieux, c'est grâce à sa beauté."
Un récit aurait-il d'autant plus de pertinence qu'il serait élégant ? Sans aucun doute, si l'on se fie aux exposés de la généticienne Evelyne Heyer, retraçant les origines africaines de l'espèce humaine, ou encore à celui de Michel Troper, démontrant que le droit est une discipline étrangère aux raisonnements de type causal, et que sa légitimité ne peut être fondée sur des faits. Ainsi est-il impossible de légitimer l'Etat par le droit, ou le droit par l'Etat : "C'est un seul et même phénomène social, une seule et même technique de pouvoir, et l'origine du droit, c'est un développement spontané, génétique peut-être...", a conclu le juriste.
Fable universelle, structures sociales, témoignages singuliers. Au fil des interventions, le Forum glissait de la métaphysique à la physique puis à la politique, et du destin collectif aux aventures individuelles. A ce point, l'expérience des arts se révéla précieuse. Ainsi, tandis qu'Arnaud Claass explorait le "sentiment" de l'origine dans l'acte photographique, l'écrivain Lydie Salvayre nouait ensemble quête littéraire et roman des origines.
De son côté, le chorégraphe Bernardo Montet insistait sur le métissage qui l'a mis en mouvement (sa mère est vietnamienne, son père guyanais) : "Quand je danse, mon corps absorbe sa propre histoire. Je ne suis plus ni blanc, ni noir, ni bleu. Je suis renvoyé à mon chaos, je deviens ma propre racine", a-t-il dit, avant de joindre le geste à la parole, le soir même, en interprétant avec cinq autres danseurs et en avant-première une création intitulée Apertae.
LA CONTROVERSE POLITIQUE
Dès lors, on pouvait passer à l'acte suivant : la controverse politique. Sur ce plan, trois débats furent creusés, portant sur des périodes et des enjeux très différents : d'abord, la polémique sur les origines intellectuelles de l'Europe, et sur la confrontation entre "fils d'Héraclite" et "fils d'Abraham", entre filiation grecque et héritage biblique, telle que l'historien Dominique Avon en a restitué les grandes lignes. Ensuite, la bataille contemporaine du "droit aux origines", réclamé notamment par les enfants nés à la suite d'une insémination artificielle, et qui fut abordée tour à tour par l'anthropologue Laurent Barry et par la psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval.
Enfin, le face-à-face du "social" et du "racial". Analysant tant les statistiques d'Etat que les débats publics, le sociologue Alexis Spire a parlé d'un véritable "tournant ethnique", l'origine sociale se trouvant de plus en plus marginalisée, selon lui, au profit de la catégorie raciale. Certes, a répondu Luc Bronner, qui couvre l'actualité des banlieues au Monde, mais les problèmes liés à la ségrégation ethnique et aux couleurs de peau demeurent encore largement "tabous" : "Où sont les chercheurs ?", s'est interrogé le journaliste, dès lors qu'il faut ouvrir les yeux sur la dimension "raciale" des violences urbaines ?
Inscrivant ce débat dans sa dimension proprement politique, Elsa Dorlin a noté que l'antagonisme entre "dominants" et "dominés" appelle une prolifération des récits et des contre-récits, des "mythologies" et des "contre-mythologies" de l'origine. Et tout en soulignant le danger qu'il y a à se revendiquer d'une identité figée, fantasmée, la jeune philosophe a insisté sur la portée émancipatrice de l'expérience généalogique : "Quand je lutte, j'ai besoin de ce quelque chose qui s'appelle une origine. C'est un matériau nécessaire pour m'inscrire dans une histoire collective, ouverte aux réinterprétations. Je ne veux pas renoncer à l'origine."
Jean Birnbaum
Sur le papier et sur Lemonde.fr
Le livre collectif regroupant les interventions du 19e Forum Le Monde- Le Mans, qui s'est tenu en 2007 sur le thème "Femmes, hommes : quelle différence ?", paraîtra en librairie le 21 novembre aux Presses universitaire de Rennes (216 pages, 18 euros).
On y trouvera des textes signés, entre autres, par Sylviane Agacinski, Elisabeth Badinter, Olivier Boulnois, Catherine Chalier, Clarisse Fabre, Maurice Godelier, Patrick Kéchichian, Danièle Lochak, Patrice Maniglier, Elisabetta Rasy, Elisabeth Roudinesco ou encore Catherine Vidal.
Sur Lemonde.fr, retrouvez le programme complet du 20e Forum, ainsi que l'intégralité du chat avec la psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval, qui aura lieu jeudi 20 novembre à 15 heures, sur le thème "Adoption, insémination artificielle... : faut-il garder le secret des origines ?"
Les enregistrements des exposés seront prochainement disponibles dans la séquence "Savoir" du site.

mercredi 19 novembre 2008

Congrès du PS: "S'il y avait eu des caméras"

L'un des moments forts du congrès du parti socialiste à Reims s'est déroulé dans la nuit de samedi à dimanche. Ségolène Royal a claqué la porte de la commission des résolutions, laissant ses rivaux se déchirer entre eux.
C'est une tradition du PS. Ce fut, le 16 novembre, le symbole de son fiasco. Au palais des congrès de Reims, autour d'une immense table rectangulaire, une centaine de cadres ouvre à huis clos la "commission des résolutions", l'instance chargée de dégager une ligne commune.
Pendant une heure et demie, les proches de Ségolène Royal cherchent un compromis. Problème: personne, en face, ne veut entamer les discussions. Les rivalités et les haines sont trop vives. "On lui a dit qu'on s'opposait sur la question des alliances avec le MoDem, mais la vérité est qu'on ne la supporte pas", raconte un soutien de Martine Aubry.
A 2 heures du matin, l'ex-candidate à la présidentielle se lève de sa chaise et quitte les lieux. Ses rivaux vont-ils en profiter? Dans une salle adjacente, les émissaires de Bertrand ­Delanoë, de Martine Aubry et de Benoît ­Hamon rédigent un document de quatre pages. Mais, dans une autre pièce, leurs leaders ne parviennent pas à s'entendre. Delanoë estime qu'Aubry et Hamon sont liés par un accord secret et il ne veut pas être le dindon de la farce. Il refuse donc le principe de retirer sa candidature. Hamon martèle qu'il se présentera au vote militant, quoi qu'il arrive.
Quant à la maire de Lille, elle ­n'accepte de se présenter que si tout le monde se range derrière elle, ou propose une candidature unique (celle de Benoît Hamon), qu'elle sait inacceptable pour Bertrand Delanoë. "S'il y avait eu des caméras, commente un strauss-kahnien, le PS pouvait mettre la clef sous la porte."

CONGRES DES SOCIALISTES DE REIMS CE QUE VOUS N'AVEZ PAS VUE A LA TELEVISON



LES COULISSES DU CONGRES DE REIMS !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!



Pod Cast LCI qui n'est aps passé a la télevision et qui donne une vue de ce congrés de la HAINE pour les socialistes français !

cliquer sur le lien et prenez quelques minutes ..........

http://tf1.lci.fr/infos/podcast/jt-off/0,,4161847,00-les-socialistes-a-reims-un-congres-pour-rien-.html

Passez un bon moment .
Richard Canac.

lundi 17 novembre 2008

Le G20 prône la relance par tous les moyens !

Le sommet de Washington définit un calendrier de réformes dans le système financier.

Si les engagements de relance et de réforme des règles de la finance internationale pris samedi à Washington par le G20 sont tenus, ce sommet marquera un tournant dans la politique économique des vingt-deux plus grands pays du monde. Le G20, qui représente 90 % de l'économie mondiale, veut combattre la récession, corriger les défauts du système capitaliste, tout en préservant ses acquis.
«Nous sommes tous d'accord pour adopter des politiques économiques favorisant la croissance», a résumé George Bush. Le long communiqué publié à l'issue du sommet condamne la tentation protectionniste, recommande «des mesures budgétaires pour stimuler la demande interne avec des résultats rapides», et reconnaît aussi «l'importance du soutien que la politique monétaire peut apporter dans les conditions appropriées à chaque pays».
Mesures d'ici au 31 mars
Les chefs d'État ou de gouvernement ont plaidé pour de nouvelles baisses de taux directeurs afin de contrer la première contraction générale de toutes les économies développées depuis la Seconde Guerre mondiale. «Nombre de pays se trouvent à des stades divers de leur réflexion sur ce qu'il faut faire», expliquait un haut responsable américain. En clair : les taux ont déjà beaucoup baissé aux États-Unis, mais en Europe il reste bien plus de marge. En outre, tous les pays ne sont pas dans les mêmes situations budgétaires et conjoncturelles. Certains se doivent donc d'en faire plus que d'autres.
Le Fonds monétaire international s'est dit favorable à des plans de relance nationaux et coordonnés, dont le montant équivaudrait à 2 % du PIB des pays participants. Le premier ministre britannique, Gordon Brown, a promis «des annonces significatives d'un certain nombre de pays dans les prochaines semaines».
En matière de réforme de la réglementation financière, un grand chantier est lancé. Des «instructions» sont données aux ministres des Finances du G20 pour «prendre des mesures rapides» d'ici au 31 mars, dans des domaines où des faiblesses ont été identifiées. Le G20 porte en effet un diagnostic sur les causes de la crise : déficience des régulateurs nationaux, manque de coordination internationale, mauvaise évaluation des risques, opacité des bilans, disparité des normes comptables, absence de surveillance sur certains marchés.
En avril, probablement à Londres, un nouveau sommet devrait passer en revue les progrès réalisés pour combler ces lacunes. D'ici là, il appartiendra à l'Administration Obama de définir jusqu'où les États-Unis souhaitent aller pour fixer les nouvelles règles de la finance du XXIe siècle.

Les principaux points du«plan d'action» du G20 !

A Washington ce week-end, les vingt puissances économiques ont adopté une série de nouveaux garde-fous destinés à encadrer le système financier mondial. Le point sur ces mesures.

DECLARATION DU SOMMET SUR LES MARCHES FINANCIERS ET L'ECONOMIE MONDIALE (l'intégralité du document en PDF)
RACINES DE LA CRISE
Les dirigeants du G20 estiment que la pire crise économique et financière depuis la Grande Dépression dans les années 1930 trouve ses racines dans une sous-évaluation du risque par les investisseurs. Les bons résultats de l'économie mondiale leur ont donné un sentiment de sécurité trompeur.
La déclaration finale des Vingt ne mentionne pas ce que beaucoup considèrent comme l'épicentre de la crise: l'effondrement du système immobilier américain reposant sur le «subprime», le crédit hypothécaire à haut risque qui a permis à des foyers insolvables de s'endetter. La transformation de ces créances douteuses en titres financiers qui se sont dissous dans des marchés trop opaques a abouti à la déstabilisation du système américain puis mondial.
ACTIONS VISANT A STABILISER LES BANQUES ET RELANCER LA CROISSANCE
Les gouvernements et les banques centrales ont débloqué des milliards d'euros ces derniers mois pour tenter de stabiliser le système financier international.
Les dirigeants du G20 s'engagent à «prendre toutes les mesures supplémentaires nécessaires», c'est-à-dire à injecter autant de liquidités qu'il faudra pour desserrer le marché du crédit. Ils s'engagent à poursuivre les efforts de stimulation de la consommation. L'administration américaine s'est opposée à des engagements plus précis, étant donné le prix qu'elle a déjà payé pour redresser la situation, avec un déficit budgétaire qui pourrait bien atteindre les 1.000 milliards de dollars (793,7 milliards d'euros) pour 2008.
UNE MEILLEURE REGULATION
Les dirigeants du G20 mettront en place d'ici au 31 mars 2009 un «collège de superviseurs» comprenant tous les principaux régulateurs de la finance dans le monde. Il se réunira de façon régulière pour discuter de l'état des plus grandes banques mondiales opérant dans de nombreux pays et évaluer la sécurité financière de ces institutions.
Les Vingt s'engagent aussi à mieux réguler les produits financiers dérivés des crédits, et notamment des «credit default swaps» (CDS), des contrats d'assurance entre banques et entreprises contre le risque de défaut d'un tiers, qui ont contribué à l'effondrement du marché en devenant des instruments de pure spéculation.
FORUM SUR LA STABILITE FINANCIERE
Les dirigeants du G20 s'engagent à agir rapidement pour élargir notamment aux puissances économiques émergentes la composition du Forum sur la stabilité financière qui rassemble des représentants des gouvernements, des banques centrales et des agences de régulation de différents pays pour chercher des moyens d'améliorer la régulation financière. Ce groupe peu connu a été créé à la suite de la crise de change asiatique de 1997-98.
REFORME DU FMI
Le G20 prescrit une «réforme complète» du Fonds monétaire international (FMI, 185 pays membres) et de la Banque mondiale, afin de donner davantage de poids dans les décisions aux pays en développement. Des pays comme la Chine reprochent aux institutions jumelles de se faire trop souvent la voix des Etats-Unis et de l'Europe.
Le FMI, sorte de pompier ou de gendarme, selon les cas, des finances internationales, verra son mandat élargi pour mieux superviser les opérations économiques nationales et ainsi servir de système d'alerte précoce à la crise quand un pays dérive. Les Vingt s'engagent à veiller à ce que le FMI et la Banque mondiale disposent des ressources financières suffisantes pour aider les pays les plus pauvres à affronter la crise.
COMMERCE
Soucieux d'éviter que la crise financière actuelle ne déclenche des réflexes de protectionnisme qui ont fortement contribué à l'apparition de la Grande Dépression les années 1930, les dirigeants du G20 s'engagent à ne pas élever de nouvelles barrières douanières pendant les 12 prochains mois. Ils s'engagent en outre à tenter de trouver un accord dans l'année sur les modalités permettant de conclure le cycle de Doha sur les échanges commerciaux au sein de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Mais avant même la crise actuelle, les négociations se trouvaient dans l'impasse en raison des divergences entre pays riches et pauvres.
PROCHAINE REUNION
Les dirigeants du G20 s'engagent à se réunir à nouveau d'ici au 30 avril 2009 et donnent à leurs ministres de l'Economie et des Finances une feuille de route pour préparer cette rencontre. En ce qui concerne les Etats-Unis, où Barack Obama succédera à George W. Bush à la présidence le 20 janvier 2009, des responsables de l'administration Bush ont déclaré qu'ils étaient en contact constant avec l'équipe de transition Obama.
Le G20 regroupe le G8 (Etats-Unis, Canada, Japon, Russie, Grande-Bretagne, France, Allemagne, Italie), l'Afrique du Sud, l'Arabie Saoudite, l'Argentine, l'Australie, le Brésil, la Chine, la Corée du Sud, l'Inde, l'Indonésie, le Mexique et la Turquie. Siègent par ailleurs au G20 les dirigeants du FMI, de la Banque mondiale et de la Banque centrale européenne. L'Espagne et les Pays-Bas étaient invités à Washington.

Parti socialiste :le fiasco du congrès !


Après trois jours de débats âpres et passionnés, les socialistes sont repartis de leur congrès plus divisés que jamais.

Inextricable puzzle. En arrivant à Reims vendredi, les socialistes ne savent pas dans quoi ils s'engagent. Ils ont beau retourner le problème dans tous les sens, ils n'arrivent pas à trouver de solution. Les experts de l'appareil s'étonnent eux-mêmes. En vieux routier des combinaisons complexes et des congrès socialistes, Jean-Christophe Cambadélis ironise : «N'essayez pas de finir le film avant qu'il ait commencé.» Meilleur commentateur de la vie de son parti, François Hollande commente, en marge du pot d'accueil aux élus à la mairie : «On ne fait pas bien en deux jours ce qu'on aurait dû faire en plusieurs mois.»
Les données sont pourtant simples. Le congrès se résume à une question : pour ou contre Ségolène Royal ? «Le problème, c'est qu'on ne lui fait pas confiance», résume un de ses adversaires. Ils sont trois, Bertrand Delanoë, Martine Aubry, Benoît Hamon, et n'ont plus que deux jours pour trouver une alternative. Mais la rivalité Delanoë-Aubry bloque les discussions. Vendredi matin, le maire de Paris, face à ses éventuels alliés, a encore fait monter les enchères. Au nom de la cohérence sur le fond, il veut être le candidat du rassemblement, s'il y en a un, puisque sa motion est arrivée en deuxième position. Impensable pour les autres : «Aubry est la seule à être en dynamique face à Royal.» Alors, loin des regards, les émissaires des uns et des autres continuent leurs palabres.
De toute façon, tout est bloqué jusqu'à la réunion des délégués de chaque «motion» le vendredi soir. Les royalistes ont la meilleure salle : la plénière, chauffée, tandis que les autres se réunissent dans des tentes dressées sur le parking. Ce soir-là, Ségolène Royal pousse encore un peu son avantage. C'est la fin d'un faux suspens : elle est candidate au poste de premier secrétaire. Benoît Hamon aussi, il est résolu à tenir.
En revanche, ça hésite beaucoup chez les autres. Sous sa tente, Martine Aubry conclut son discours d'un «et maintenant que faut-il faire ?». «Que tu sois première secrétaire !», lance un élu. Applaudissements, mais pas de réponse. À l'autre bout du parking, les partisans de Bertrand Delanoë lui demandent aussi d'être candidat ou, à défaut, qu'un représentant de sa motion le soit, par exemple Pierre Moscovici ou Harlem Désir… Le «tout sauf Royal» n'est pas accepté à la base. Dans la nuit, Bertrand Delanoë et Martine Aubry se retrouvent pour discuter, encore une fois. Mais sans aboutir.
Samedi matin, l'idée d'un affrontement Royal-Aubry, voire Royal-Delanoë, est dans les esprits sans qu'un scénario se profile. Et s'il y avait quatre candidats ? Les discours de l'après-midi changent la donne. Les délégués sont décontenancés par l'intervention de Ségolène Royal, qui alterne «provocations» ou «vérités qui dérangent», selon le point de vue. Des sifflets copieux se mêlent aux acclamations. Sa proposition de consulter les militants sur le problème des alliances au centre n'est pas comprise. «Ségolène a ouvert le Frigidaire, mais elle a laissé la porte ouverte. Elle a refroidi tout le congrès», s'amuse une élue proche de Dominique Strauss-Kahn. Quelques minutes plus tard, Martine Aubry prend la parole. Son discours bien ancré à gauche et dans les luttes sociales plaît. Ses partisans se lèvent, entraînant un mouvement général. Commentaire d'un de ses proches : «Ségolène ne rassemble pas, Martine le peut.» Certes, Manuel Valls prévient : «Ne vous laissez pas troubler par des embrassades qui camouflent des désaccords sérieux.» Mais le front anti-Royal vient de marquer un point. Les discussions ont progressé dans ce camp : un texte commun est quasiment terminé.
Une ambiance «lunaire»
Le temps presse. L'heure de la réunion de la commission des résolutions approche, là où peut se nouer ou pas une majorité. Avant de s'y rendre, chaque camp réunit une dernière fois ses délégués. Bertrand Delanoë veut un accord avec Martine Aubry. «Si je peux, je serai candidat et si ce n'est pas le cas, je ferai tout mon possible pour que ce soit quelqu'un de notre motion», ajoute-t-il. Après lui, François Hollande est aussi catégorique : «Il faut une nouvelle majorité, elle ne sera pas trouvée avec la motion» de Ségolène Royal. Chez Martine Aubry, on souhaite aussi un accord, éventuellement avec Benoît Hamon.
Vers 22 heures, samedi, les 102 membres de la commission des résolutions arrivent au centre des expositions, à Reims. Installés au premier étage, ils disposent d'un fumoir et de plateaux-repas. La nuit peut être longue. François Hollande préside la séance, mais c'est à la motion arrivée en première position, celle de Ségolène Royal, de chercher un rassemblement sur sa ligne. «L'ambiance est lunaire», dit un royaliste. Leurs propositions sont rejetées en bloc. Les SMS de leurs adversaires sont impitoyables. «Les royalistes pourrissent l'ambiance.» Le constat de désaccord est rapidement établi.
Minuit passé, une suspension de séance est demandée. Les partisans de Royal n'en peuvent plus. Pendant ce temps, Aubry, Delanoë et Hamon s'enferment, pour démêler entre eux la question du candidat. Rien n'y fait. Aubry propose que Hamon soit le candidat commun. Une suggestion inacceptable, elle le sait, pour Delanoë. Un autre nom est avancé : Harlem Désir, le bras droit du maire de Paris. À ce moment, c'est Henri Emmanuelli qui fait part de son désaccord.
À 1 h 20, Ségolène Royal quitte la commission et dénonce les «méthodes d'un autre âge» qui lui font barrage. Elle «en appelle au vote des militants». Après son départ dans la bousculade, Manuel Valls s'attarde un peu pour commenter la mainmise sur le parti et les divergences profondes entre les trois autres camps : l'Europe, la politique économique…
À l'étage, on s'inquiète. «Qu'a dit Royal ?» Pour répondre aux critiques de la présidente de Poitou-Charentes, Pierre Moscovici rejoint les journalistes. Il justifie que les discussions se poursuivent : «Il est logique d'explorer d'autres solutions et il faut éviter de pousser des cris d'orfraies en dénonçant je ne sais quelle pratique d'un autre âge.»
Mais à partir du moment où aucune solution n'est possible sur le nom d'un candidat commun, la réunion tourne court. À 2 h 45, François Hollande met un terme à la commission des résolutions. Benoît Hamon ne reste pas plus longtemps. «Je suis toujours candidat à incarner le changement, affirme le quadragénaire à la sortie. Ce qui se joue ce soir, ce n'est pas la bataille entre le vieux et le jeune PS.» Il pense avoir un accord avec Martine Aubry. Celle-ci ne tarde pas ensuite. Mais la maire de Lille, le visage fermé, ne lâche pas un mot, pas plus que ses soutiens. «Le PS est bloqué. Il est de notre responsabilité de le remettre en mouvement. Nous préférons le silence, vous le comprendrez», se contente de dire l'un de ses soutiens, Arnaud Montebourg.
Le succès des combinaisons
À l'étage, il ne reste que le camp de Bertrand Delanoë et François Hollande. Le numéro un du PS finit par descendre pour une déclaration «en tant que premier secrétaire». «J'ai pris acte qu'il n'y avait pas de majorité au PS», reconnaît-il.
Après avoir défendu les règles de fonctionnement de son parti, il se veut optimiste : «Le PS aura une majorité après l'élection de son premier secrétaire.» Pendant ce temps, Bertrand Delanoë, défait, s'éclipse par une porte dérobée. À plus de 3 heures du matin, le PS n'a que deux candidats déclarés au poste de premier secrétaire. Mais il reste encore quelques heures. Le dépôt des candidatures est fixé au dimanche matin.
Martine Aubry doit maintenant décider. Pressée par ses partisans, rassurée par l'accueil des militants, elle franchit le pas de la candidature. D'un SMS, elle prévient Benoît Hamon. Claude Bartolone annonce la nouvelle en assemblée de motion. «Je suis autorisé à vous annoncer que Martine pose sa candidature.» Les applaudissements fusent.
Sous la tente de Bertrand Delanoë, en revanche, l'ambiance est lourde. Les traits tirés, le maire de Paris prend acte de son échec. «Je ne serai pas candidat», leur explique-t-il en leur laissant désormais «la liberté de vote». Mais les mots les plus amers, en forme d'adieu, viennent de François Hollande. Il ne parlera pas à la tribune pour un ultime discours de premier secrétaire : «Je ne veux pas ajouter de la commisération à l'imposture», dénonce-t-il. Le congrès de Reims est un échec pour lui et consacre le succès des combinaisons. Il pense surtout au tandem Aubry-Fabius. «J'ai honte pour le PS. Je ne suis pas fier. Et je sais de quoi je parle, j'en ai souffert, de ceux qui manipulent.»

vendredi 14 novembre 2008

Obama, l'homme qui peut changer le monde

En Amérique, il y aura un avant et un après: la brillante élection du premier président noir marque un tournant, d'autant qu'il a été choisi non pour sa couleur de peau, mais pour sa capacité à donner un nouvel élan à son pays. C'est aussi un événement planétaire, à l'heure où l'hyperpuissance vacille.
Au soir du 4 novembre, à Chicago, juché sur l'immense scène de son meeting de victoire, Barack Obama, dans la fournaise des projecteurs et le délire de la foule, savourait une offrande du destin que "seule l'Amérique pouvait rendre possible".

La phrase remonte au début de son ascension nationale, quatre années plus tôt, et pas une de plus, lorsque les délégués de la convention démocrate de Boston avaient entrevu pour la première fois ce fils d'un père kényan, issu de la tribu des bergers luo, et d'une mère du Kansas. Un destin que "seule l'Amérique pouvait rendre possible". La formule a pris tout son sens au soir historique de son ample victoire.

Alors que remontait de l'immense quartier black de la ville, le Southside, une rumeur semblable au gospel de toutes les espérances -écho bouleversant de tous les ghettos du monde, mais aussi de quarante ans de progrès des minorités américaines- le vainqueur, sous les regards d'une nation et du monde entier, ne pouvait encore prendre toute la mesure de sa consécration. Le voici devenu le premier président noir de l'histoire des Etats-Unis. Un pays où, quarante ans plus tôt, un nervi raciste abattait le pasteur Martin Luther King à Memphis (Tennessee) et où des policiers ordinaires, accompagnés de leurs chiens hurlants, tourmentaient les manifestants des droits civiques dans l'Alabama. Un pays dont le reste du monde, après huit ans de gouvernement Bush, de guerres, de cynisme, de divisions hargneuses, ne croyait attendre que des mauvaises nouvelles. Dans la lumière aveuglante, après vingt mois de campagne folle, Obama trouvait toujours le talent d'en remontrer aux orateurs mythiques américains. Qui mieux que lui, au coeur de la crise et des doutes, pouvait chiper à Reagan sa phrase légendaire sur la fierté retrouvée de l'Amérique, "ville scintillante au flanc de la colline" amenée à nouveau à inspirer le monde? Qui d'autre que lui pouvait rappeler le songe de Martin Luther King: "Un rêve dont les racines plongent au coeur du rêve américain. Le rêve de ne plus être jugé sur la couleur de sa peau, mais sur le contenu de son caractère"?
Obama a toujours rejeté les vieilles divisions des années 60.

Le miracle de ce 4 novembre se résume peut-être à cette belle ironie: Barack Obama, premier président noir, a été élu non en raison de sa couleur, mais de son programme et de ses qualités de leader, par une nation soumise à l'une des pires crises économiques de son histoire. Obama a longtemps évité d'en appeler au défunt révérend King, chantre des droits civiques. Par peur d'être réduit à un simple "candidat noir", symbole d'une revanche porteuse de culpabilité et de nouveaux ressentiments blancs. Par crainte, aussi, de rompre la promesse de consensus faite à Boston, quatre ans plus tôt, jour pour jour, lors de sa première apparition.
A l'époque, il n'était qu'un élu local inconnu du South Side de Chicago, en quête de son premier mandat de sénateur de l'Illinois à Washington. Mais son discours, d'une rare éloquence, rejetait aux oubliettes les vieilles divisions issues des années 1960. Les 5000 délégués, aux deux tiers blancs, ont hurlé de joie en l'entendant marteler, sur un ton de prêcheur mâtiné diplômé de Harvard, qu'il n'y avait "pas d'Amérique rouge républicaine ou bleue démocrate, pas d'Amérique blanche ou black, mais seulement les Etats-Unis d'Amérique".

Dans le public, les Noirs pleuraient. Ils entendaient King. Le prodige, à la tribune, né en 1961, était trop jeune pour avoir connu les années de plomb du racisme. Il avait été élevé dans le nirvana multiracial de Hawaii, puis trimballé, à 7 ans, vers Djakarta, loin des drames et des déchirements de son pays, par une mère blanche anthropologue remariée avec un homme d'affaires indonésien. Les pigments de sa peau ne lui venaient pas d'un captif arrivé à fond de cale dans le Nouveau Monde, mais d'un brillant étudiant en économie kényan, invité et doté d'une bourse par l'université de Honolulu.

Et pourtant. En l'entendant, pendant ses vingt mois de campagne, assimiler le sort des Noirs aux innombrables injustices américaines, "rejeter toute politique fondée sur la seule identité raciale, sexuelle ou de victime", le peuple des minorités s'est, étrangement, reconnu dans ce mantra d'intégration dépassionnée, plus proche de la réalité et des préoccupations de l'immense classe moyenne noire de Los Angeles ou d'Atlanta que les diatribes vengeresses des anciens du Black Power.
Lorsque les fins limiers du Parti républicain, et sans doute ceux du camp de Hillary Clinton, sa rivale démocrate, ont diffusé sur Internet les sermons de Jeremiah Wright, pasteur et mentor de Barack Obama depuis son arrivée à Chicago, vouant l'Amérique à la damnation et cautionnant le 11 septembre, le candidat, aussi stoïque et détaché fût-il d'ordinaire, semblait trembler de colère en répudiant publiquement son mentor. Il en allait de son élection. Et sa douleur était d'autant plus vive qu'il jugeait avoir payé son dû et fait son pèlerinage au coeur de son identité noire.
Une nouvelle vague d'élus noirs, sortis des universités les plus prestigieuses et trop jeunes pour avoir participé à la lutte pour les droits civiques, bouleverse la scène politique américaine. Tous doivent leur élection aux voix d'électeurs blancs.
Michael Nutter, 51 ans, maire de Philadelphie.
Deval Patrick, 52 ans, gouverneur du Massachusetts.
Cory Booker, 39 ans, édile de Newark (New Jersey).
Anthony G. Brown, 46 ans, gouverneur adjoint du Maryland.
Métis d'Afrique sans racines, élevé par une mère et des grands-parents blancs, l'enfant vouait une obsession aux emblèmes de sa race, imitant en secret les pas de danse des vedettes black à la télévision, passant ses soirées sur les terrains de basket-ball. Adulte, sa quête intime d'appartenance l'avait conduit à quitter, après ses études à New York, un emploi prometteur dans une firme de Wall Street pour rallier Chicago et un job d'activiste social des ghettos payé une misère. Le quartier noir du South Side était devenu son berceau d'adoption, après son retour de la prestigieuse fac de droit Harvard, lieu de son mariage avec Michelle et de la naissance de ses deux filles. C'est là, aussi, que ses ambitions politiques ont vu le jour.
En octobre 2008, quand John McCain remontait assez dans les sondages pour menacer l'élection de son rival, la campagne républicaine redoublait de spots télévisés consacrés à la carrière d'Obama à Chicago, "lieu de toutes les corruptions politiques". Les pubs ne lésinaient pas sur les gros plans de visages d'élus noirs, sans mentionner qu'Obama avait bâti sa carrière sur l'ouverture aux électeurs blancs locaux.
Malgré le va-tout de sa campagne des primaires dans l'Amérique des petites villes de cols bleus, acquises, côté démocrate, à sa rivale, Hillary Clinton, Obama semblait incapable de réduire l'avantage de McCain auprès de l'électorat ouvrier blanc. Mais Wall Street s'est effondré.

On le décrit comme distant et impénétrable. Flegmatique, jusqu'à la désinvolture. Son élégance naturelle trahit, aux yeux des électeurs les plus âgés, et les moins éduqués, des moeurs de gentleman élitiste. Mais il faut le voir, attablé dans une bibliothèque de l'Iowa, écouter les doléances d'une dizaine de petites employées, de chômeuses et de mères de famille nombreuse. Courbé sur ses notes, l'ancien élu local sollicite des informations, revient à la charge, relève la tête pour s'inquiéter, d'une voix chaude et ferme, du budget des écoles et des plans de délocalisation d'entreprises, liant les témoignages personnels, délivrant sa synthèse avant de récolter de nouveaux avis. Bill Clinton était passé maître dans l'art du "I feel your pain" (Je ressens votre douleur). Obama ressent les angoisses et fourbit des solutions. Bill était le confesseur en chef des atermoiements d'une nation. Barack veut en être le guérisseur.
Il n'ignore aucun détail de la pauvreté
"Soit, il est noir, il porte de beaux costumes et il sort de Harvard. Mais ce type est plus en phase avec la classe moyenne blanche que tous les politiciens que j'ai rencontrés, assure Ed Burney, élu démocrate d'un comté ouvrier proche de Detroit. Oubliez Hawaii et le Kenya. Il a vu sa mère survivre avec des bons d'alimentation pendant ses années de vaches maigres. Il n'ignore rien des tracas qu'ont pu vivre ses grands-parents, qui ont enchaîné mille boulots après avoir quitté le Kansas."
Obama, l'ancien activiste social des immeubles pourris d'Altgeld Gardens, à Chicago, n'ignore aucun détail de la pauvreté parfois abjecte qui touche 12% de la population américaine, mais il peut aussi témoigner d'une autre déchéance plus insidieuse: le déclassement invisible et humiliant de l'Américain moyen. Dans ses deux livres, il évoque l'agonie professionnelle de son grand-père vieillissant, Babs, représentant en meubles, lâché par ses clients, l'un après l'autre. Il décrit les costumes que l'ancien endossait chaque matin comme des remparts de dignité pour des rendez-vous bientôt imaginaires. Quand Barack habitait avec ses grands-parents, à l'époque où sa mère était repartie vivre en Indonésie, seule Madelyn -alias "Toot", "grand-mère" en langue hawaiienne- faisait bouillir la marmite, se saignant aux quatre veines pour payer l'école privée du petit. A 86 ans, elle est décédée d'un cancer, le 3 novembre. A la veille du scrutin.
Jusqu'à l'investiture
15 décembre 2008: Etat par Etat, le collège électoral, composé de 538 grands électeurs, vote pour le président et le (la) vice-président(e): à la différence de nombreuses démocraties, les Etats-Unis élisent leur président au suffrage universel indirect.
3 janvier 2009: Réunion, à Washington, du 111e Congrès des Etats-Unis.
6 janvier 2009: Dans l'hypothèse (improbable) où aucune majorité ne se serait dégagée au sein du collège électoral, les membres du Sénat et de la Chambre des représentants sont chargés d'élire, à cette date, le nouveau président.
20 janvier 2009: Investiture, à Washington, du 44e président des Etats-Unis d'Amérique.
Quelques jours plus tôt, quand la santé déclinante de cette vieille dame laissait craindre le pire, Obama a suspendu sa campagne pendant deux jours, en pleine contre-offensive de McCain, pour rejoindre son chevet dans son trois-pièces de Honolulu. Nul ne sait qui réconfortait le plus l'autre. Toot, née au tréfonds du Kansas rural en 1922, ouvrière des usines d'armement de Wichita pendant la Seconde Guerre mondiale, petite employée promue cadre d'une banque de Honolulu, lui offrait un havre d'affection tranquille pendant son enfance chaotique, autant qu'une vue imprenable sur la conscience de l'Amérique normale. Elle lui avouait qu'elle changeait parfois de trottoir en serrant son sac quand des hommes noirs approchaient dans la rue, mais elle restait son inspiration par ses valeurs: "Autonomie et fiabilité, amour de son pays, travail acharné, respect de son prochain", résume-t-il.
Est-ce l'héritage de Toot? Ce digne fils du Midwest est favorable à la peine de mort, pour les crimes les plus graves, dont les viols d'enfant. Son attrait pour la religion ne date que de son arrivée à Chicago, au début des années 1990, et de ses premières rencontres avec le pasteur Wright à la Trinity Church, mais il est jugé suffisamment sincère et profond pour que cela lui vaille l'approbation de près de 30% de l'électorat évangélique.
Son patriotisme est mis en question? John McCain a pu forger le sien au fond d'une geôle vietnamienne, en fulminant sur le défaitisme de son pays. Obama, lui, déclarait dès 2002, à propos de l'Irak, qu'il n'était hostile "qu'aux guerres idiotes", avant de s'inquiéter de l'aberrante négligence du gouvernement Bush pour le front d'Afghanistan et le retour des taliban. Mais sa vision du monde, et de la puissance américaine, ne peut être plus différente de celle de son rival républicain. Après son investiture, le 20 janvier prochain, il sera le premier président américain dans les veines duquel coule un sang venu du tiers-monde. Enfant, pendant les deux années passées à Djakarta, sa vision d'une société miséreuse, atrocement inégalitaire et corrompue, régie, avec le soutien des Etats-Unis, par la dictature sanglante de Suharto, a marqué à jamais son opinion sur les agissements de la première puissance mondiale.

Son penchant humanitaire, son goût du dialogue et son attrait pour les organisations internationales tranchent, certes, avec l'unilatéralisme du premier mandat de George W. Bush. Mais tout cela durera-t-il? Son futur vice-président, Joe Biden, jamais à l'abri d'une gaffe, a cru bon d'assurer, pendant la campagne, que le nouvel occupant de la Maison-Blanche serait vite mis à l'épreuve par une atteinte à la sécurité des Etats-Unis. Barack Obama, comme un John F. Kennedy confronté à la crise des missiles cubains en 1962, devra prouver par sa réponse qu'il augure une nouvelle ère américaine. Et se souvenir qu'il est, aussi, un citoyen du monde.

Comment Barack Obama va sortir les Etats-Unis de la crise.

Déficit budgétaire proche de 500 milliards de dollars, taux de chômage croissant, début de récession...Le nouveau président des Etats-Unis hérite de la pire situation économique depuis la crise de 1929. Récapitulatif des points principaux de son programme anti-crise.
Les riches paieront plus d'impôtLe président s'est engagé à maintenir les baisses d'impôts de George W. Bush pour les foyers dont les revenus annuels n'excèdent pas 250.000 dollars, soit 95% des foyers américains. En outre le programme démocrate prévoit un crédit d'impôt annuel de 500 dollars pour les célibataires et de 1.000 dollars pour les couples mariés de salariés qui payent leurs contributions sociales. Les seniors dont les revenus annuels sont inférieurs à 50 000 dollars seront exonérés de l'impôt sur le revenu.
Pour ce faire, il annulera les baisses d'impôts pour les revenus élevés (plus de 200.000 dollars pour un célibataire et plus de 250.000 dollars pour un couple de salariés) avant même leur expiration prévue en 2010. Le taux de l'impôt sur les revenus du capital sera relevé de 15% à 28% pour les foyers gagnant plus de 250.000 dollars par an et les plus-values boursières seront plus lourdement taxées.
Des grands travaux pour relancer l'emploiBarack Obama entend débloquer 50 milliards de dollars pour de grands travaux d'infrastructures (routes, ponts, système éducatif). Il a promis par ailleurs un crédit d'impôt de 3.000 dollars pour chaque emploi créé aux Etats-Unis dans les deux ans à venir. Il veut éliminer la taxation sur le capital pour les start-up et petites entreprises créatrices d'emploi. Il a également parlé de supprimer les réductions d'impôts pour les sociétés qui délocalisent. Enfin, il a plaidé pour un deuxième plan de relance économique de 60 milliards de dollars, sans plus de précisions.
A long terme, il compte lancer un plan de 150 milliards de dollars sur dix ans pour favoriser les énergies renouvelables, ce qui pourra créer cinq millions d'emplois "bien payés et qui ne seront jamais délocalisés".
Lutter contre les saisies immobilièresM. Obama souhaite mettre en place un moratoire de trois mois sur les saisies de logement et accorder un crédit d'impôt couvrant 10% des intérêts annuels d'hypothèque aux propriétaires en difficulté. Il entend créer un fonds de 10 milliards de dollars, en partie financée par des pénalités sur les prêteurs "irresponsables", pour éviter les saisies immobilières et un autre fonds de 10 milliards de dollars pour aider les Etats et les régions touchés par la crise immobilière.
Il souhaite encore créer un nouveau programme fédéral de logement pour transformer les prêts hypothécaires à risque ("subprimes") en prêts à taux fixe sur 30 ans.
Surveiller le système financierLe nouveau président préconise une restructuration du système de régulation financière. Ceci inclut une consolidation des diverses agences fédérales de surveillance des marchés financiers, un renforcement des ratios de capital et des obligations de transparence des institutions financières, une régulation des fonds spéculatifs, des courtiers immobiliers et des agences de notation. Outre le renforcement du contrôle des actionnaires sur les rémunérations et bonus des dirigeants, il prévoit la création d'une nouvelle commission de contrôle des marchés financiers qui en réfère régulièrement au Président et au Congrès sur l'évolution des "risques systémiques".

Obama président!


Depuis le 4 novembre 2008, c'est fait: l'Amérique a élu pour la première fois de son histoire un président afro-américain en la personne de Barack Obama. A 47 ans, cet avocat de Chicago porte désormais sur ses épaules les espoirs de tout un pays, voire d'un monde en proie au doute.


Les défis du président Obama :

Barack Obama, dont les Américains viennent de faire leur premier président noir, pouvait savourer sa victoire historique mercredi mais était aussi confronté à la tâche titanesque d'apporter le changement qu'il a tant promis.
Dès son discours mardi soir à Chicago, Barack Obama soulignait "l'immensité de la tâche" à laquelle il va devoir s'atteler, au moment où les Etats-Unis traversent leur plus grave crise financière depuis celle de 1929.
La récession menace, le chômage atteint déjà 6,1% de la population active et le déficit public est proche des 500 milliards de dollars. Le pays est aussi engagé dans des conflits qui s'éternisent en Irak et en Afghanistan.
Deux guerres, une planète en péril, la plus grave crise financière depuis un siècle.
"A l'heure où nous célébrons la victoire, nous savons que les défis de demain sont les plus importants de notre existence - deux guerres, une planète en péril, la plus grave crise financière depuis un siècle".
"La route sera longue. Le chemin sera escarpé. Nous n'atteindrons peut-être pas notre but en un an ou même en un mandat, mais (...) le peuple américain y arrivera", a-t-il promis.
Obama va devoir veiller à ne pas décevoir l'immense espoir qu'il a fait naître dans l'électorat, préoccupé au premier chef par l'économie. Il s'est engagé à baisser les impôts pour 95% des salariés, à engager une politique de grands travaux et garantir une couverture santé pour tous.
Sur le plan international, il a promis de retirer les soldats américains d'Irak "de façon responsable" dans un délai de 16 mois et de concentrer les efforts à la lutte contre Al-Qaeda et les talibans.
"100 jours pour réparer les dégâts causés par la présidence Bush"
L'organisation des droits de l'Homme Amnesty International lui a donné mercredi 100 jours pour "réparer les dégâts causés" par la présidence Bush, l'appelant notamment à fermer le centre de détention de Guantanamo.
Sa victoire a été saluée à travers le monde comme un signe de "changement et d'espérance" par les alliés traditionnels de Washington mais aussi dans le camp le plus hostile à l'hégémonie américaine.
Barack Obama va devoir très vite mettre en place son équipe pour assurer la transition avec le président George W. Bush, à qui il succèdera le 20 janvier.
En Afghanistan, le président Hamid Karzai a estimé que cette élection avait "fait entrer le peuple américain, et avec lui le reste du monde, dans une ère nouvelle".
Quant au chef de la diplomatie irakienne, Hoshyar Zebari, il a déclaré: "Nous ne pensons pas qu'il y aura un brusque changement politique, et il n'y aura pas un désengagement rapide américain d'Irak".
Les marchés boursiers n'étaient pas non plus euphoriques mercredi. Après des clôtures en forte hausse à Tokyo (+4,46%) ou Hong Kong (+3,2%), les Bourses européennes ont ouvert dans le rouge et accentué leurs pertes en séance.
Wall Street a ouvert en baisse, les investisseurs se tournant déjà vers les défis économiques à relever.
Barack Obama va devoir très vite mettre en place son équipe pour assurer la transition avec le président George W. Bush, à qui il succèdera le 20 janvier.
Sa tâche pourrait être facilitée par le fait que les démocrates ont vu mardi leur majorité confirmée au Congrès. Selon des résultats partiels, les démocrates pourraient emporter 56 sièges sur 100 au Sénat et ont conforté leur majorité à la Chambre des représentants.


Obama, la rupture dans la continuité!
Par Emilie Cailleau,
L'élection de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis a suscité d'énormes vagues d'espoir à travers la planète. Pourtant, quelle que soit sa volonté, il pourra difficilement répondre à toutes les attentes. Lumière sur les défis de sa politique extérieure.
"La politique étrangère Bush-McCain a gaspillé l'héritage que plusieurs générations d'Américains (...) ont construit, et nous sommes ici pour rétablir cet héritage." Ces mots de Barack Obamaà Denver en août 2008 lors de la Convention du parti démocrate résument bien l'ambition du sénateur de l'Illinois à l'international.
Aujourd'hui, il porte ce message à la face du monde en tant que leader de la première puissance mondiale. Après sa consécration à la tête des Etats-Unis, des voix aux quatre coins de la planète clament leur espoir en un changement du rôle de la superpuissance sur l'échiquier mondial.
Mais qu'en est-il réellement? Obama, qui a maintes fois été taxé par les républicains de "naïf" et d'"impréparé", va-t-il réussir à résoudre les grands défis mondiaux? Si beaucoup parient sur un grand bouleversement de la donne géopolitique, le changement se verra plus dans la forme que dans le fond. Le point sur la politique d'Obama sur les principaux chantiers extérieurs, de l'Amérique latine à l'extrême Orient.
Obama, une double vision du monde
La présidence des États-Unis change de couleur de peau. Mais cela changera-t-elle la face du monde pour autant? Dans l'opinion publique émergent deux courants de pensée : celle de la continuité et celle de la rupture d'avec les années Bush, teintes de négativisme et de bellicisme. Mais loin de se réduire à une vision manichéenne, la ligne que va conduire Obama à l'étranger, après son investiture le 20 janvier 2009, risque fort de se résumer à un numéro d'équilibriste. Le président va devoir jouer entre ses promesses de "promotion de la paix et de la dignité dans le monde" et les contraintes liées à la crise actuelle.
La marge de manoeuvre américaine est étroite. Obama le sait. Ce qui pousse à s'interroger sur l'attitude que le nouveau président va adopter à l'égard des dossiers brûlants comme l'Irak, l'Afghanistan, l'Iran. Changement radical ou continuité?
"Je ne pense pas qu'on aura un changement dans le fond, affirme Alexandra de Hoop Scheffer, spécialiste des Etats-Unis à Sciences-po Ceri. C'est plus dans la rhétorique et l'habillage qu'il va y avoir du changement." Obama jouerait donc plus sur la forme que sur le fond dans sa politique étrangère.
Une vision partagée par Enrique Ghimenti, ancien attaché juridique à l'ambassade des Etats-Unis et correspondant du FBI en France. "Pas de changement radical, non. Certes, il va changer certaines choses et adapter la politique internationale à son style. Par exemple, s'il est contre la présence des USA en Irak, il s'efforcera de réduire les troupes de ce pays. Mais en même temps il va se heurter à la réalité." Cette confrontation à des terrains minés devrait le contraindre à ne pas trop s'écarter de la politique de son prédécesseur.
Le délicat dossier irakien
La page Bush ne peut être tournée brusquement pour éviter d'aggraver le chaos irakien. La méthode progressive est donc préférée. Le président démocrate entend sortir du bourbier irakien en retirant ses troupes dans un délai de seize mois pour n'y laisser que les forces "résiduelles" chargées de la lutte antiterroriste, comme il l'a répété pendant sa campagne.
Néanmoins pour mener à bien ce retrait, Obama compte sur le général David Petraeus, patron du CentCom, le commandement central américain qui supervise notamment l'Irak et l'Afghanistan. En tenant compte de l'avis des chefs militaires, il reste dans une certaine mesure fidèle à la politique de Bush.
Afghanistan-Pakistan, "le front principal de la lutte antiterroriste"
Le retrait d'Irak devrait signifier un renforcement des forces diplomatiques et militaires [en plus des 50 000 soldats sur place, ndlr] sur le front afghan. C'est un dossier majeur pour le président Obama. Avec l'Afghanistan, il veut lutter contre Al-Qaida et les talibans notamment dans la zone frontalière avec le Pakistan. Si cette volonté semble aller dans le sens du premier ministre pakistanais Yousuf Raza Gilani qui déclarait qu'Obama allait promouvoir "la paix et la stabilité dans la région", la question du soutien de l'armée pakistanaise et des services secrets à l'islamisme divise. "Obama va faire pression au Pakistan dans la lutte antiterroriste afin que les services secrets pakistanais arrêtent d'aider les talibans à la frontière", explique Alexandra de Hoop Scheffer. Une ambition que partageait déjà George W. Bush.
Dialogue sur le nucléaire iranien
Place au dialogue et à la diplomatie. Obama s'est dit prêt à négocier avec le président iranien sur la suspension des activités d'enrichissement d'uranium sans conditions préalables. Il relègue l'option militaire au second plan, en cas d'échec. Avec cette ouverture, Obama rompt avec la politique frontale de Bush, et intègre un élément nouveau dans la stratégie américaine.
L'Iran est considéré comme pouvant jouer un rôle dans sa sphère régionale. "C'est ce qu'on appelle la comprehensive strategy ou stratégie globale. Obama veut faire émerger une vision plus régionale impliquant des acteurs comme l'Iran et la Syrie". Un jeu dangereux pour Israël qui voit d'un mauvais oeil l'extension de la sphère d'influence de l'Iran. "Cela mérite des éclaircissements auprès de Tel Aviv", selon Jacques Soppelsa, doyen à la Sorbonne et spécialiste des relations internationales.
En revanche, selon Catherine Durandin, directrice de recherches de l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), les Etats-Unisne constituent pas une pièce maîtresse dans le dossier du nucléaire iranien."Le nucléaire iranien dépendra plus de la relation à venir entre Téhéran et Moscou."
Chaud-froid avec la Russie
Quid des futures relations États-Unis et Russie? L'actualité apporte des premiers éléments de réponse. "La question est quel jeu va jouer Moscou. Ils accusent les USA de monter aux enchères alors que la Russie a annoncé le déploiement de missiles Iskander dans la région de Kaliningrad, enclave russe entourée de pays de l'UE, pour contrer les éléments du bouclier antimissile américain qui seront installés en Europe", observe Catherine Durandin.
Moscou ne semble guère aller dans le sens de la coopération notamment sur la prolifération nucléaire prônée par Obama. "La Russie semble réagir de façon assez agressive. Elle a accusé les Etats-Unis d'être la cause de la guerre entre la Russie et la Géorgie d'août 2008 et d'avoir utilisé le conflit comme prétexte pour déployer des navires de guerre dans la mer Noire pour imposer plus vite encore à l'Europe le bouclier antimissile", constate Alexandra de Hoop Scheffer.
"Ménager Israël"
Barack Obama risque de ne pas savoir sur quel pied danser avec Israël. Bien qu'appuyant le statut israélien de la ville de Jerusalem, Obama est partisan de rouvrir les négociations entre Israéliens et Palestiniens. Le poids de l'électorat américain juif et du gouvernement israélien contraint Obama à tempérer ces propos pour ne pas passer pour un pro-palestinien.
Du côté de la Ligue arabe, Obama est perçu comme "un médiateur honnête". Le Hamas lui a apporté son soutien. Un geste embarrassant pour le nouveau président qui avait exprimé à Israël son refus de négocier directement avec le mouvement islamiste Hamas. "Il doit à la fois satisfaire une sensibilité moyen-orientale et ménager Israël, soutient Jacques Soppelsa. C'est pourquoi le bouclier antimissiles est là pour apaiser les craintes d'Israël, celui-ci étant protégé par le système."En Israël, on ne cache pas son inquiétude. "Tzipi Livni, ministre israélienne des affaires étrangères, a mis en garde Obama contre les risques de dialogue avec l'Iran. Pour l'état hébreu, cette ouverture serait révélatrice de la faiblesse de la politique des Etats-Unis", souligne Alexandra de Hoop Scheffer.
Fin du mutisme avec l'Amérique latine
Obama souhaite plus de coopération encore pour l'Amérique latine, à contre-courant de son prédécesseur. Aussi peut-on présager un réchauffement des relations notamment avec le Venezuela d'Hugo Chavez, habitué à tirer à boulets rouges contre l'administration Bush. "Il voudrait revenir à un dialogue constructif avec Chavez, remarque Alexandra de Hoop Scheffer. Il veut également revenir sur la liste des Etats voyous sur la scène internationale." La diplomatie est peut-être un premier pas vers l'approfondissement des accords de libre-échange qui patinent en Amérique latine.
Dilemme cornélien
La politique du nouveau président à l'étranger penche globalement vers plus de coopération et d'ouverture, aux antipodes de l'image de cavalier seul qui lui seyait jusqu'ici. Mais peut-on parler de rupture avec l'administration Bush? "On constate chez Obama cette mixité entre une vision réaliste par laquelle il veut renouer les dialogues et les relations stratégiquement importantes (Chine, Inde, Amérique latine) tout en privilégiant les Etats-Unis eux-mêmes", explique Alexandra de Hoop Scheffer, auteur de "Hamlet en Irak" (édité par le CNRS). "D'autre part il a une vision idéaliste dans laquelle il prône la paix et la dignité dans le monde. Il investirait alors plus dans l'aide au développement aux pays pauvres, notamment en Asie et en Afrique."
Qui de l'idéalisme ou du réalisme l'emportera? A supposer qu'Obama se focalise sur le réalisme, il est pris en étau entre les contraintes de la crise financière mondiale et ses impératifs de campagne sur le plan de la politique intérieure... et extérieure. Un arbitrage difficile mais incontournable. "Si Obama concrétise ses promesses en géopolitique extérieure, il lui faudra logiquement diminuer les aides sur des dossiers intérieurs", subodore Jacques Soppelsa.
"Je pense donc qu'Obama va diminuer son champ d'intervention à l'extérieur. Dans cette optique, il ne se limiterait qu'à résoudre les trois dossiers chauds que sont l'Irak, l'Iran et l'Afghanistan afin de se concentrer sur l'Amérique, de l'Alaska à la Terre de Feu" poursuit l'expert. Une vision d'un repli américain hétérodoxe mais pour le moins défendable. Par un jeu de dominos, cet isolationnisme modéré pourrait se traduire, selon le spécialiste, par un refroidissement des relations transatlantiques, au profit de Moscou. "Obama pourrait accélérer le rapprochement entre les forces occidentales et Moscou".
Chacun y va de ses spéculations. Obama va devoir relever le défi d'occuper le terrain extérieur tout en satisfaisant les citoyens américains sur des sujets intérieurs comme l'assurance-maladie, l'éducation, la pauvreté. Au risque de décevoir. "Obama a d'énormes responsabilités,conclut Alexandra de Hoop Svheffer. Il est le président qui hérite des plus grands problèmes aussi bien au niveau intérieur qu'extérieur. Il a des choix à faire, et il va devoir les faire rapidement". La tâche est ardue, mais à la hauteur du président des Etats-Unis.

lundi 3 novembre 2008

Michel Rocard : "La crise sonne le glas de l'ultralibéralisme"


La crise résiste aux interventions étatiques. En verra-t-on un jour le bout ?
Pour le savoir, il faut d'abord poser le bon diagnostic. Or, ce qui frappe, c'est le silence de la science. Les grands économistes se taisent. Les politiques ne parlent que de finance. Et ils n'osent pas appeler un chat un chat. La vérité, c'est que planquer des créances pourries parmi d'autres, grâce à la titrisation, comme l'ont fait les banques, c'est du vol. Les précautions de vocabulaire sont malséantes. Nommer correctement les choses permet de bien appliquer la sanction. On reste trop révérencieux à l'égard de l'industrie de la finance et de l'industrie intellectuelle de la science financière. Des professeurs de maths enseignent à leurs étudiants comment faire des coups boursiers. Ce qu'ils font relève, sans qu'ils le sachent, du crime contre l'humanité.
L'hyper-sophistication de la finance, que vous dénoncez, n'a-t-elle pas permis, pendant des années, de soutenir la croissance mondiale ?
Je ne le crois pas. La montée en puissance des produits dérivés résulte d'une désorganisation de l'économie réelle, qui elle-même découle de la décision prise en 1971 par Richard Nixon et, déjà, Dick Cheney de décrocher le dollar de l'or. Le commerce qui, jusque-là travaillait à changes fixes, a été menacé par des changes flottants. Tout est devenu volatile, imprévisible. Il a fallu se couvrir, inventer les combines les plus tordues pour tenter de réguler la valeur des titres sur lesquels on travaille. Cela a donné les produits dérivés, des échanges d'option pour l'avenir sans échange de produits réels. A partir de là, l'économie a été plus abstraite. Tout s'est mis à reposer sur la confiance, tout est devenu plus fragile. On a eu une bulle sur l'immobilier, une autre sur le pétrole, qui ont crevé lorsque les prix du marché ont cessé d'augmenter régulièrement. Voilà comment l'appétissante finance mondiale fait supporter à l'ensemble de la société un taux de risque anormal.
Mais on ne peut pas revenir en arrière, l'étalon-or, c'est fini !
On peut, en revanche, réfléchir à un autre système. Le dollar est la monnaie mondiale, mais cela fait des dizaines d'années qu'il ne remplit plus son rôle de monnaie de réserve mondiale. Ce sont les fonds souverains et le pétrole qui jouent ce rôle, car la quasi-totalité des fonds souverains est à dominante pétrolière. Est-ce raisonnable ? Si la croissance repart, elle va pousser les cours du pétrole à la hausse, ce qui est très dangereux. Il vaudrait mieux laisser le pétrole hors du coup, s'obliger à des économies d'énergie et, pour ce faire, décider, par exemple, qu'on achète le pétrole avec la monnaie des quotas carbone inventés à Kyoto. Et, parallèlement, mettre en place un directoire monétaire à quatre ou cinq avec le dollar, l'euro, le yuan chinois, la roupie indienne, peut-être le yen. La stabilisation du système est à ce prix-là.
Quelle chance avez-vous d'être entendu ?
A ce jour, elle est faible. Il est plus prudent de viser des solutions plus consensuelles. Encore faut-il ne pas se tromper sur ce qui se passe. Aucun économiste n'a encore posé la vraie question : quel aurait été l'impact de cette crise financière si elle avait frappé une économie réelle bien portante ? Depuis une vingtaine d'années, les pays développés s'échinent, sans y parvenir, à retrouver la moitié de la croissance qu'ils ont connue durant les Trente Glorieuses, et un quart de leurs habitants sont fragilisés, parce qu'ils sont pauvres, chômeurs ou travailleurs précaires. Cette fragilisation est une gangrène. C'est elle qui fait que les citoyens votent n'importe quoi et n'ont plus confiance dans leurs dirigeants. On s'est mépris sur le non au référendum sur le traité constitutionnel européen. Ce n'était pas un refus de l'Europe. C'était un non à la dérégulation du marché du travail.
Où est la solution ?
On ne s'en sortira pas sans un meilleur partage des revenus, un meilleur équilibre entre salaires et profits. Henry Ford (1863-1947), qui a contribué à sauver le capitalisme notamment au moment de la crise de 1929, disait : "Je paie mes salariés pour qu'ils achètent mes voitures." Après la guerre, on a reconstruit le capitalisme autour de l'idée de fortes rémunérations. Aujourd'hui, la part des salaires et des prestations sociales a diminué d'une dizaine de points dans le produit intérieur brut. L'actionnaire se frotte les mains, mais le salarié est trop pauvre pour soutenir l'activité. C'est la raison pour laquelle cette crise est grave et risque d'être longue.
Pour en sortir, il faut d'abord être capable de produire un diagnostic partagé. On en est loin. En mai, nous avions adressé une lettre ouverte à Manuel Barroso, président de la Commission européenne, et à Nicolas Sarkozy, futur président de l'Union européenne. Cette lettre intitulée "La finance folle ne doit pas nous gouverner", cosignée par des sociaux-démocrates comme Jacques Delors, Helmut Schmidt, Lionel Jospin, et des libéraux comme Otto Graf Lambsdorff et Jacques Santer, réclamait la création d'un comité de crise européen, composé des dirigeants politiques, d'économistes renommés et d'experts financiers pour parvenir à ce diagnostic commun. Nous n'avons pas eu de réponse.
Depuis, la crise boursière est intervenue et des mesures ont été prises...
Après un faux départ, Nicolas Sarkozy a réussi à mobiliser intelligemment les pays d'Europe pour soigner l'aspect financier et bancaire de la crise. Il plaide aussi pour un gouvernement économique européen. Je l'approuve, mais il faudra des années pour obtenir un consensus et rendre cette instance opérationnelle. D'ici là, les gouvernements nationaux doivent s'entendre sur des mesures simples pour mieux réguler le système : limiter l'usage des produits dérivés, lutter contre les paradis fiscaux, revoir le fonctionnement des fonds de pension en les obligeant à avoir des comportements liés au long terme. Il faut convaincre l'actionnaire que la course au profit immédiat est destructrice. Elle menace l'appareil de production, précarise l'emploi et constitue un danger pour la démocratie.
C'est la fin du libéralisme ?
Pas du tout. Et en pleine crise, la gauche pourrait faire l'économie de ce genre de controverses. Historiquement, les libéraux - Adam Smith (1723-1790), Thomas Malthus (1766-1864), David Ricardo (1772-1823) notamment - étaient des moralistes, des gens qui avaient une pensée sociale visant à intégrer la liberté humaine dans l'organisation de la société. Pour aucun d'eux, la liberté n'était le droit de faire n'importe quoi, elle avait besoin d'être canalisée par des règles.
La crise actuelle ne remet pas en cause le libéralisme. En revanche, elle sonne le glas de l'ultralibéralisme, cette école de pensée criminelle fondée par Milton Friedman (1912-2006) qui voulait croire que l'équilibre du marché est optimal et que moins on a de règles, plus on a des chances d'arriver à l'"optimalité". Elle a imprégné la droite américaine et une partie de la droite européenne. Elle a heureusement épargné les chrétiens-démocrates allemands et la droite française, encore très gaulliste.
Quand vous entendez Nicolas Sarkozy réhabiliter l'Etat, annoncer la création d'un fonds stratégique d'investissement, vous saluez sa conversion à gauche ?
Nullement. Pour résoudre la crise, nous avons besoin de deux choses : du pragmatisme et des règles. Cela, la droite peut le faire. Mais la gauche pose dès l'abord la question de la redistribution des richesses, ce que Nicolas Sarkozy ne fait pas.
Au nom de ce pragmatisme, auriez-vous voté le plan de soutien bancaire de Nicolas Sarkozy ?
Naturellement, tout en disant qu'il ne résout pas les problèmes de fond. Je ne supporte pas l'opposition systématique. Les Français non plus.
La crise ne risque-t-elle pas d'avoir de graves conséquences sur les pays du Sud ?
La demande venant du Nord va être amputée et les pays du Sud vont gravement le ressentir. Il faudra accroître l'aide au développement, quantitativement et qualitativement. D'autant que la crise risque de porter les pays du Nord à se fermer encore un peu plus. Plus les temps sont durs, plus le chômage menace, plus le travail se précarise et plus la peur de l'autre s'accroît. Or la peur est mauvaise conseillère. Le cas de l'Europe est exemplaire : il nous faudrait accueillir 2 ou 3 millions d'immigrés par an pour que, sur le long terme, nos populations restent stables et que nos retraites soient assurées. Tout le monde le sait. Mais cette nécessité ne suffit pas à convaincre.
"La France ne peut accueillir toute la misère du monde, mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part", disiez-vous en 1989. Et aujourd'hui ?
Nous essayons tous de contenir l'immigration venant des pays pauvres, qu'on ne peut quantitativement absorber. Le problème est de le faire avec décence et humanité. Et de s'en tenir à des critères clairs. Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux (ministre de l'immigration) disent vouloir une immigration de travail et affirment développer une politique respectueuse des droits de l'homme. Mais, sous couvert d'agir au "cas par cas", on se met à expulser sans discernement des travailleurs sans papiers mais intégrés. Il y a là un double langage malhonnête. D'autant plus que policiers et préfectures sont soumis à des quotas d'expulsion, ce qui les pousse à agir sans tenir compte d'aucun critère et produit des drames déshonorants pour un pays civilisé. Les sans-papiers qui ont un travail ont vocation à être régularisés. Nous sommes passés d'une politique nécessaire et dure à une politique inhumaine et scandaleuse.
Face à cela, la société civile n'a-t-elle pas un rôle de garde-fou à jouer ?
Si. Et à ce titre, il n'est pas admissible de vouloir dominer le pouvoir d'investigation et de contrôle des associations humanitaires. La tentative qui est faite de retirer à la Cimade la défense des étrangers en rétention pour confier cette mission à des associations dont l'expérience, la libre expertise et l'indépendance sont moins assurées est inquiétante pour les droits de l'homme. La Cimade a toujours agi avec esprit de responsabilité, elle ne s'est jamais permise de demander l'ouverture générale de toutes les frontières. Elle est dure lorsqu'elle observe des traitements dégradants. Premier ministre, j'y ai moi-même été confronté, mais nous étions chacun dans notre rôle et ses critiques m'ont été utiles pour éviter les dérives. Je crains que le souci du gouvernement actuel ne soit de diminuer l'opposition à ses mauvaises pratiques, ce qui ne ferait qu'aggraver le degré d'inhumanité de sa politique.
Propos recueillis par Françoise Fressoz et Laetitia Van Eeckhout
Article paru dans l'édition du 02.11.08

vendredi 24 octobre 2008

Vers un accord sur le financement de la LGV Sud-Europe-Atlantique

Le secrétaire d’Etat chargé des Transports Dominique Bussereau vient de le confirmer : le protocole de financement pour le "projet du siècle" sera signé le 13 novembre prochain.Réunis à Bordeaux à l'initiative de Dominique Bussereau, ce lundi 29 septembre, les élus de 51 collectivités locales des six régions concernées par le projet de ligne à grande vitesse Sud-Europe-Atlantique, étaient appelés à se prononcer sur le protocole de financement qui leur avait été transmis au début du mois. Un projet que le secrétaire d’Etat désigne comme "le projet du siècle, le plus gros projet ferroviaire en Europe et qui entre en phase opérationnelle", pour un montant global de 14 milliards d’euros pour 4 branches (Lire également l'interview de Bruno de Monvallier, directeur régional Aquitaine Poitou-Charentes de RFF à paraître dans "Le Moniteur" du 3 octobre). La clé de répartition (un tiers pour la région, un tiers pour les départements, un tiers pour les agglomérations) a été validée par Aquitaine qui apportera 57% du financement de Tours-Bordeaux, par Midi-Pyrénées (19%), Limousin (3,5%) et le Centre (3%). Seule la région Poitou-Charentes, appelée à une contribution de 17% sur le projet Tours-Bordeaux, a changé cette répartition entre collectivités, en utilisant notamment la pression fiscale plutôt que le budget d’investissement comme critère de contribution. Le plus gros projet ferroviaire européenDominique Bussereau a déclaré que "désormais 90% à 95% des collectivités sont d’accord et que les amendements qu’elles devront présenter à ce projet de protocole d’ici le 15 octobre seront intégrés au protocole définitif, qui devrait être signé le 13 novembre prochain à Bordeaux." Il a également confirmé que l’Etat discutait avec la Caisse des Dépôts pour la mise en place d’un outil de financement à très long terme et à taux privilégié pour les collectivités locales. Par ailleurs, il a indiqué que dans le projet de loi "Grenelle de l’Environnement" qui devrait être voté d’ici la fin de l’année, ce sont au total 2000 km de lignes nouvelles à grande vitesse qui seront lancées et livrées pour certaines d’ici 2020. Pour les trois autres lignes à grande vitesse, Bordeaux-Toulouse, Bordeaux-Espagne et Poitiers-Limoges, l’Etat s’engage à lancer l’enquête publique fin 2011 et le secrétaire d’Etat souhaite que les travaux soient lancés avant la fin de Tours-Bordeaux (fin 2015), en fonction notamment de la capacité des entreprises à réaliser ce projet. Enfin, "pour tenir notre timing, a conclu le secrétaire d’Etat, le mode de financement de ces trois nouvelles lignes sera très vraisemblablement le même que pour Tours-Bordeaux, des lignes concédées en PPP".

Le Sud-Ouest attend toujours la grande vitesse

Lundi 30/09/2008 se tenait une énième réunion entre une cinquantaine de collectivités locales et le secrétaire d'Etat aux transports. La totalité des financements pour la future ligne à grande vitesse Bordeaux-Paris n'a pu être trouvée. Une nouvelle fois.
Sachant que le dossier "Grande vitesse dans le Sud-ouest" est lancé depuis 1994, en quelle année arrivera-t-il à destination? C'est un problème complexe auquel est confronté Dominique Bussereau, secrétaire d'Etat aux Transports. Ces derniers mois, il a multiplié les déclarations optimistes, soulignant la progression des discussions menées entre l'Etat et les collectivités. Ainsi, le 30 juillet dernier, à l'issue d'une réunion entre une cinquantaine de communes, l'Etat et Réseau ferré de France, il précisait en être "à 80% des capacités de financement. (...) On est au camp de base, il nous reste à grimper les derniers mètres, et on s'est donné jusqu'à septembre".
Nous voici en septembre. Le 29. A la suite d'une nouvelle concertation, Dominique Bussereau doit se rendre à l'évidence: il faut repousser l'échéance à la fin de l'année. Ce qui n'entache en rien son optimisme. Dépassés le camp de base et les derniers mètres, "nous ne sommes (maintenant) plus très loin de la ligne d'arrivée, (...) les collectivités ont trouvé 90 à 95% des financements".
Avant que Bordeaux ne soit plus qu'à deux heures de la capitale, il reste encore une question de taille à régler: le financement. L'Etat devrait prendre en charge 50% du coût total, laissant 25% à des partenaires privés et le reste aux collectivités territoriales. Pour la ligne Tours-Bordeaux, cela représente 5,6 milliards d'euros à la charge des communes, agglomérations et régions. Mais, il faut voir plus loin que ce simple Tours-Bordeaux.
12,6 milliards d'euros, le prix de la grande vitesse
A partir de ce tronçon devraient se greffer plusieurs lignes dans un futur lointain (2016-2018), une reliant Bordeaux à l'Espagne, l'autre Toulouse à Bordeaux, mettant ainsi la ville rose à trois heures de la capitale. Et pas question de ne financer que le projet aquitain. Martin Malvy, président de la région Midi-Pyrénées, veut être sûr qu'après avoir participé au financement du tronçon commun Tours-Bordeaux, toutes les régions (Poitou-Charentes, Aquitaine, Centre et Limousin) soutiennent "sa" ligne. "Nous ne voulons pas être cocus ensuite", résume-t-il.
Du coup, à la communauté urbaine de Bordeaux (CUB), on se pose des questions sur le financement d'un budget en nette hausse. "La question du bouclage d'un tour de table financier qui inclut à présent, au-delà de la réalisation de la branche Tours - Bordeaux, celle des tronçons du grand Sud Ouest a suscité de nombreuses interventions d'élus. Il est vrai que la facture est littéralement en train de s'envoler. Cette addition des projets devrait impliquer une contribution de la CUB aujourd'hui proche de 260 millions d'euros, alors que cette dernière était encore sollicitée à hauteur de 100 millions d'euros en 2007", détaille l'agglomération sur son site.
Les collectivités se retrouvent face à un dilemme: payer une lourde addition et enfin accrocher le wagon de la grande vitesse, ou rester à quai. Dominique Bussereau prévient: à trop attendre, ce projet risque de se faire dépasser par d'autres chantiers de cette importance, et "les partenaires privés pourraient venir à manquer". Pour les collectivités, la note gonflerait alors. Il est vraiment temps que le projet "LGV dans le Sud-ouest" arrive à destination.

Michel Rocard : "La crise actuelle est née en 1971"

Au-delà des crédits immobiliers subprimes, on a le sentiment que la crise financière remonte à plus loin... Quelle est votre explication ?
Il y a un consensus presque absolu sur les causes techniques de la crise actuelle. Les banques américaines ont caché les crédits immobiliers douteux dans des packages contenant 15 à 20 % d'actifs douteux, camouflés dans des avoirs sains, qu'on a ensuite vendus comme des actifs financiers uniques. Aujourd'hui, aucune banque n'est en état de mesurer son degré d'incertitude, et encore moins celui du voisin.

Pourquoi ça s'est passé comme ça ?
Je suis convaincu qu'il faut remonter au décrochage du dollar et de l'or en 1971. Il a entraîné un manque de repères fixes qui a poussé le monde financier à inventer de plus en plus de mécanismes pour se prémunir contre les aléas de change. Ils sont regroupés sous le nom de produits dérivés. Petit à petit, le taux d'incertitude de ces produits est devenu trop grand et on a eu un effet de bulle...
Pardon, vous suggérez de revenir à l'étalon or ?
On ne peut pas ! Malheureusement, c'est le passé. On ne sortira pas des difficultés actuelles sans trouver quelque chose de nouveau. De 1945 à 1975, dans tous les Etats développés, le capitalisme avait une croissance de 5 % par an, il ne connaissait jamais de crise financière et tout le monde était en plein emploi. Nous sommes maintenant dans un capitalisme qui s'essouffle pour atteindre la moitié de cette croissance, sans y parvenir, qui connaît une crise financière gravissime tous les quatre ou cinq ans, et où tous les pays ont un quart de leur population fragilisée devant le travail. Ma question est : peut-on rafistoler le système bancaire sans remédier à cette anémie générale de l'économie physique ?
Pourquoi le capitalisme s'est-il essoufflé ?
L'équilibre entre partenaires du jeu économique a changé. C'est le résultat de deux siècles d'histoire du capitalisme. Quand il est né – dans les années 1810-1840 – on s'est aperçu que le système était cruel et injuste. Assez vite naît une riposte du monde du travail, qui prend la forme des coopératives, des mutuelles, des syndicats, du mouvement socialiste. Leur souci est de se débarrasser du capitalisme. Mais le capitalisme a gagné. Sous la pression ouvrière, mais pas seulement, son efficacité prodigieuse a été mise au service de la lutte contre la cruauté sociale.
Le système est ainsi fait qu'il est instable. C'est même sa caractéristique principale. La crise des années 1929-1932, et la guerre qui a suivi, a rallié les cervelles à l'idée qu'il fallait le stabiliser. L'accord s'est fait dans le monde sur trois stabilisateurs. Le premier, c'est la sécurité sociale. L'Anglais Beveridge a théorisé qu'en faisant des retraites, de l'assurance chômage, de l'assurance maladie, des prestations familiales, on contribuait à stabiliser le système. Le deuxième régulateur, c'est celui de Keynes : au lieu de gérer les budgets et la monnaie sur la base de comptes nationaux, il faut les utiliser pour amortir les chocs extérieurs. Cette idée explique l'absence de crise pendant les trente années qui suivent. Le troisième régulateur, le plus ancien, c'est celui d'Henry Ford, et il tient en une phrase : "Je paie mes salariés pour qu'ils achètent mes voitures." Mis ensemble, à la fin de la Second Guerre mondiale, ces trois stabilisateurs vont donner le compromis social-démocrate, qui a duré trente ans.
Mais ce compromis a été abandonné depuis longtemps...
Les actionnaires ont fini par considérer qu'ils étaient mal traités. Ils ne venaient pas aux assemblées générales – on en rigolait, d'ailleurs. Ça a changé quand se sont créés les fonds de pension qui regroupent des milliers, des millions d'actionnaires. Ils ont envahi toutes les assemblées, en se moquant des problèmes internes de l'entreprise, et en disant "je veux plus". Dans la foulée se créent les fonds d'investissement, plus petits mais beaucoup plus incisifs, et les fonds d'arbitrage, les hedge funds.
Ces fonds ont créé une vaste pression sur les managers. Ils disaient : "Si vous ne payez pas plus, on vous vire." Puis il y a eu un mouvement plus puissant encore, celui des OPA. Celui qui ne distribue pas assez à ses actionnaires devient "opéable". Il en a résulté une externalisation formidable de la main-d'œuvre, qui a rendu précaire un quart de nos populations. Au final, cela donne une économie fatiguée, minée par la méfiance, où l'idée de fidélité à l'entreprise commence à disparaître et où la croissance ralentit.
Y a-t-il des moyens d'en sortir ?
Tout commence par la prise de conscience et le diagnostic. Ce diagnostic doit être scientifique et internationalement partagé. Aussi longtemps que les chefs d'entreprises productives se laisseront intoxiquer par la propagande bancaire, alors que leurs intérêts sont souvent antagonistes, aussi longtemps que les médias nieront le diagnostic, il n'y aura pas de remède.
Le repli national, c'est l'assurance déclin, l'assurance récession, parce que nos économies sont interdépendantes. L'économie administrée, on sait bien que ça ne marche pas. Interdire les produits dérivés, à mon avis ce n'est pas possible, car ils font fonctionner le système. Donc il faut une longue réflexion, qui doit comprendre un aspect éthique. La confiance ne peut pas revenir quand le PDG ou le banquier, qui gagnait 40 fois plus que ses salariés pendant les deux premiers siècles de capitalisme, gagne 350 à 500 fois plus. Il faut reconnaître que le moteur de la croissance, c'est la consommation des ménages. Cela implique le retour de la masse salariale à un niveau plus élevé : en moyenne, sa part dans le PIB a perdu 10 % en vingt-cinq ou trente ans.
Il faudra aussi fournir un élément scientifique pour condamner l'espoir d'une rentabilité à 15 %, alors que le PIB croît de 2 % par an. Cet objectif de 15 % est un objectif de guerre civile. Or, il a été formulé par les professionnels de l'épargne et personne n'a rien dit. Aujourd'hui, si on ne trouve pas d'inflexion, on est dans le mur. Le déclin du Bas-Empire romain a commencé comme ça...
Comment jugez-vous l'action de l'Europe dans cette crise ?
Elle a fait preuve d'une inventivité inhabituelle. Mais ce ne sont pas les institutions européennes qui ont fonctionné. La Commission se tait. Le Conseil des ministres n'a pas été sollicité. Un type talentueux, qui s'appelle Nicolas Sarkozy, a exploité la convergence des volontés de quelques grands Etats européens. La zone euro nous a protégés. Sans l'euro la crise serait infiniment plus grave. Elle a trouvé un bon conseiller en la personne de Gordon Brown, avec son invention géniale de garantie publique aux prêts interbancaires.
A ce propos, je viens d'apprendre une nouvelle délicieuse : le principal conseiller financier de Gordon Brown serait Alan Greenspan [ancien président de la Réserve fédérale américaine]. Or, c'est le surcroît de liquidités qu'il a créé qui a permis aux banques de prendre tous ces risques. Il y a de quoi sourire.
Vous êtes encore plus sévère envers l'économiste ultralibéral Milton Friedman...
Friedman a créé cette crise ! Il est mort, et vraiment, c'est dommage. Je le verrais bien être traduit devant la Cour pénale internationale pour crimes contre l'humanité. Avec son idée que le fonctionnement des marchés est parfait, il a laissé toute l'avidité, la voracité humaine s'exprimer librement.