DEMOCRATIE

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lundi 8 février 2010

Les politiques et l'argent : le malaise est toujours là .


PATRIMOINE. La classe politique n'aime pas parler de ses revenus. Deux journalistes ont enquêté.

Fêtée au Fouquet's en compagnie de plusieurs figures du CAC 40, la victoire avait été suivie d'une échappée belle sur le yacht du milliardaire Vincent Bolloré. Partisan d'une relation décomplexée avec l'argent, Nicolas Sarkozy avait affiché dès le soir de son élection sa volonté de jeter aux orties les vieilles pudeurs de la classe politique. Une rupture plutôt mal vécue par l'opinion. Sur fond de frasques sentimentales, ce goût revendiqué pour le luxe et l'apparat fut à l'origine de sa première dégringolade dans les sondages.

Savoir « faire pauvre »

Depuis des décennies, le secret d'une longue carrière repose sur le respect impératif de cette antienne : faire pauvre. « Jacques Chirac a passé son règne à dissimuler son patrimoine et sa culture, François Mitterrand à masquer son image de grand bourgeois et à cacher sa deuxième famille, qui vivait aux frais de la République », écrivent Christophe Dubois et Marie-Christine Tabet dans « L'Argent des politiques » (éditions Albin Michel).

À l'époque, rien ne filtrait sur les séjours de l'enfant de Jarnac dans les palais vénitiens et les palaces égyptiens. Dans une France pétrie de valeurs paysannes et façonnée par la religion catholique, la modestie et l'humilité sont des étendards fort prisés par les électeurs. Les seuls, sans doute, à même d'atténuer le discrédit que les affaires, du scandale Stavisky aux diamants de Giscard, jettent en permanence sur la classe politique.

Christian Poncelet, l'ancien président UMP du Sénat, se plaît ainsi à raconter son enfance aux côtés de sa mère femme de ménage. Mais il est beaucoup moins disert sur ses appartements, sa maison et sa propriété de Sainte-Maxime.

Dès qu'il s'agit de s'attarder sur les biens qu'ils ont au soleil, les élus se livrent à de curieuses acrobaties. En 2006, François Hollande avoue ainsi publiquement qu'il n'aime pas les riches. Mais il ne dit rien de l'impôt sur la fortune qu'il paie. Motus et bouche cousue, aussi, sur la villa qu'il possède avec Ségolène Royal à Mougins, sur la Côte d'Azur, dont la valeur est fortement minorée dans les déclarations patrimoniales du couple.

Il est encore plus difficile de confesser les élus amateurs d'espèces. Jacques Chirac et Charles Pasqua aimaient à se promener avec des liasses. Les proches de Roland Dumas savent qu'il se déplace parfois avec des billets soigneusement rangés dans une enveloppe. Ils ne sont pas les seuls.

En 2002, après un dîner organisé à l'hôtel Matignon par Jean-Pierre Raffarin, Jean-Louis Borloo part en oubliant sa veste. Dans une poche, il y a 4 500 euros en liquide. Plusieurs fonctionnaires en sont témoins. Mais, interrogé par Christophe Dubois et Marie-Christine Tabet, l'ancien avocat de Bernard Tapie s'indigne : « C'est grotesque ! Je ne me balade jamais avec autant d'argent sur moi. »

Mal payés ?

Ministres, parlementaires ou présidents d'exécutifs locaux ne sont pas des nababs. L'énergie et le talent dont font montre certains d'entre eux pour conquérir et garder le pouvoir auraient sans doute été beaucoup mieux rémunérés dans le privé. « S'ils ne sont pas milliardaires, ils affichent des patrimoines qui les classent dans l'esprit de beaucoup de Français dans les rangs des privilégiés », constatent Christophe Dubois et Marie-Christine Tabet. 500 000 euros de fortune en moyenne pour chaque parlementaire, assortis d'une forte capacité d'épargne. La classe politique s'est vraisemblablement enrichie au cours de ces trente dernières années. Même si la rémunération maximale ne peut dépasser 8 200 euros, le cumul des mandats qui touche près de 80 % des 920 députés et sénateurs n'y est certainement pas étranger. Divers avantages pécuniaires non plus.

Chaque parlementaire reçoit chaque mois une enveloppe non imposable de 6 000 euros pour ses frais de représentation. Contrairement à ce qui se passe en Angleterre, il peut les dépenser comme bon lui semble sans être obligé de produire des justificatifs. Les élus de la nation s'estiment pourtant mal payés. « Mais personne n'ose le dire », déplore l'UMP Thierry Mariani, député du Vaucluse. « Celui qui s'y risque se flingue politiquement. » Las du discours « tous pourris », Claude Goasguen, son collègue parisien, avait déposé une proposition de loi visant à rendre public le patrimoine des élus.

Gauche et droite se sont entendues pour la torpiller. La fortune des élus reste encore une terra incognita que seule la commission pour la transparence de la vie politique pourrait déflorer. Composée de hauts magistrats, cette discrète institution qui siège dans les locaux du Conseil d'État étudie à huis clos les déclarations de revenus et de patrimoine des élus, du ministre au conseiller général. Aucun nom n'apparaît dans ses rapports. Et elle n'impressionne pas grand monde. Ce n'est qu'en 2006, seize ans après l'achat de sa villa à Vallauris, qu'elle a convoqué le socialiste Julien Dray pour qu'il s'explique sur le financement de cette maison acquise grâce à un prêt non remboursé. « Droite bling-bling et gauche caviar se noient dans les mêmes bulles de champagne », ironisent Christophe Dubois et Marie-Christine Tabet en détaillant les similitudes rapprochant Rachida Dati et Monique Lang, l'épouse de l'ancien ministre de la Culture.

L'argent facile

Intervenues entre 1990 et 1990, les lois ouvrant la voie au financement public de la vie politique ont certes assaini la situation. La disparition des fonds secrets au plus haut niveau de l'État, qui avaient nourri des soupçons jamais étayés à l'endroit de Raymond Barre et de Jacques Lang, aussi. La tentation de l'argent facile n'a pas pour autant déserté les allées du pouvoir.

Comment expliquer autrement l'acharnement des gouvernements de gauche et droite à protéger le secret défense dans l'affaire des commissions liées aux contrats militaires de Taïwan et du Pakistan ? La création d'une commission de contrôle dotée de pouvoirs contraignants ne serait sans doute pas un luxe. La corruption des élites politiques reste un phénomène semble-t-il limité.

Beaucoup plus répandue est en revanche l'envie de profiter plus que de raison de l'argent public. Lors de la dernière présidentielle, Nicolas Sarkozy a ainsi fait prendre en charge par le contribuable les 12 000 euros mensuels de salaire de plusieurs proches. Plus surprenant, José Bové a essayé de faire rembourser l'achat de 3 000 exemplaires de son dernier livre ainsi que les 13 000 euros du pot offert au soir du premier tour.

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