DEMOCRATIE

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vendredi 4 décembre 2009

Winston Churchill, le guerrier visionnaire.


Les Mémoires de Churchill, qui lui valurent le prix Nobel de littérature, paraissent dans une nouvelle traduction.

De 1948 à 1954, Winston Churchill a publié six volumes de Mémoires consacrés à la Seconde Guerre mondiale. Traduit dans le monde entier, ce monument couronné par le prix Nobel de littérature a paru très vite en français. L'édition, malheureusement, contenait de nombreuses erreurs ou approximations. Il faut donc se réjouir de voir enfin mis à la disposition du public français ce grand livre parfaitement traduit, présenté et annoté par François Kersaudy.

Nourri de Gibbon et de Macaulay, Churchill, spontanément, envisageait l'histoire sous l'angle de la longue durée. Comme ses modèles, il pensait qu'un événement ne prend sa signification qu'éclairé par des causes parfois assez lointaines. L'exercice en l'occurrence lui donnait aussi la satisfaction de vérifier que, la plupart du temps, ses jugements s'étaient révélés exacts, et de confondre ses détracteurs. Dès 1936, lors d'un débat houleux à la Chambre des communes, il avait d'ailleurs averti le premier ministre Stanley Baldwin, aussi ignorant des réalités internationales que roué en politique intérieure : « L'Histoire dira que vous avez eu tort… et si j'en suis certain, c'est parce que c'est moi qui l'écrirai. »

Revivre avec Churchill l'entre-deux-guerres éclaire d'une lueur crue les raisons profondes du cataclysme de 1940. La Grande-Bretagne sans doute avait été moins affectée que la France par le premier conflit mondial, mais le pacifisme y était presque aussi répandu et vif que de l'autre côté de la Manche. L'insularité, les derniers feux de l'Empire, une vie intellectuelle féconde, tout cela avait contribué à faire naître de graves illusions. « L'Histoire, écrit Churchill, doit juger comme hautement blâmable la conduite pendant ces années fatales du gouvernement britannique. » Le travailliste Ramsay Mac Donald, les conservateurs Stanley Baldwin et Neville Chamberlain apparaissent sous la plume de Churchill comme les grands responsables d'une politique étrangère calamiteuse, inconsciente du péril allemand, assez habile malheureusement pour entraîner dans son sillage une France elle-même en butte à des maux identiques.

La supériorité de Churchill ne tient pas, comme on a souvent tendance à le croire, à sa seule énergie, mais à son intelligence du phénomène hitlérien. Dès 1925, il avait lu Mein Kampf et avait été convaincu de tenir entre ses mains le nouveau « coran du fanatisme de la Guerre », porteur d'un message redoutable, quoique confus et verbeux. D'emblée, la vraie raison de la haine de Hitler à l'égard des Juifs lui devint évidente : le Führer avait le culte de la force brutale, régénératrice à ses yeux. Pour lui, l'être humain n'était rien d'autre qu'un animal supérieur condamné à lutter à mort pour survivre. Les Juifs, incarnation par excellence des valeurs universelles, représentaient à ses yeux des agents de désintégration à éliminer d'urgence. Churchill avait si bien perçu la centralité terrifiante de l'antisémitisme dans l'idéologie nazie que Hitler renonça finalement à venir parler avec lui en 1932. Cet été-là, l'homme d'État britannique se trouvait en Allemagne afin de visiter les lieux où jadis s'était illustré son ancêtre, le duc de Marlborough, dont il préparait la biographie. Dès son arrivée, un envoyé officieux du Führer s'était manifesté avant de se volatiliser rapidement. « C'est ainsi qu'Hitler perdit son unique chance de me rencontrer », conclut superbement le mémorialiste.

Écrivain de haute lignée

La grande force de Churchill tenait aussi à son optimisme résolu. Jamais il n'envisagea le triomphe du national-socialisme, jamais il ne douta de la capacité de ses compatriotes à se reprendre face à un danger mortel. « Lorsque vous parlez de guerre, devait-il déclarer très crânement à Ribbentrop, ambassadeur du Reich à Londres en 1937, il ne vous faut pas sous-estimer l'Angleterre. C'est un curieux pays, dont peu d'étrangers parviennent à comprendre la mentalité. Qu'une grande cause s'offre à son peuple et vous verrez de combien d'actions inattendues seront capables ce même gouvernement et la nation britannique ! » Les Français découvriront aussi avec quelle calme résolution, non exempte de compassion, le premier ministre de mai-juin 1940 suivit le combat désespéré de leur pays contre un envahisseur disposant d'une écrasante supériorité en matière d'aviation. Si Churchill comprit le drame que vivaient les responsables français, il ne douta à aucun moment de la nécessité pour eux de poursuivre le combat à partir de l'Empire.

De Gaulle, malgré ses heurts avec Churchill, vit toujours en lui le géant de la Seconde Guerre mondiale. Comment en douter après avoir lu ces Mémoires, qui de surcroît révèlent un écrivain de haute lignée, certes très différent du chef de la France libre, mais possédant comme lui une large palette, habile à passer d'un registre à un autre, aussi séduisant dans ses longues périodes un peu lyriques que dans des évocations plus familières et pleines d'humour.

» INTERVIEW - François Kersaudy : «Un héros de Kipling»

«Mémoires de guerre, tome I (1919-1941)» de Winston Churchill, Editions Tallandier, 448 p, 29 €.

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